dimanche 20 février 2022

LES LIENS DU SAN(G) de Jean-Claude TARDIF


 Cet ouvrage a été coédité avec les éditions JKDC - 169, chemin du lac - Quartier de Sindou - 46320 Vaylats

Les liens du sang


Ces vingt-quatre nouvelles courtes (de quatre à huit pages) creusent, comme le titre l’indique, de façons fort diverses le sillon de la filiation. « Et ce n’est pas là chose légère, futile, que la relation d’un père et de son fils. » (Transmission). Plus de la moitié des récits s’attachent à la relation du fils au père, intense ou espérée en vain, fugace, trop vite rompue ou simple objet de fantasme quand l’identité même de celui-ci reste à l’enfant inconnue. Ce lien spécifique peut être le sujet principal du récit ou se trouver brièvement évoqué en périphérie de l’histoire centrale dans un détour annexe mais toujours significatif. Cette relation filiale nous est majoritairement restituée par le fils. Sauf dans Pas ce soir où un vieux militaire dans un établissement pour personnes âgées attend chaque semaine la venue d’un fils qui ne vient jamais ; dans Le marcheur ou Une petite histoire de famille, c’est par le biais du père que l’histoire nous sera contée. Ceux-ci sont boucher, cordonnier, assassin, militaire, professeur, écrivain, tendre et effacé ou alcoolique et violent, taiseux certaines fois, autoritaire à d’autres, trop absent souvent. Dans plusieurs nouvelles, notamment N’allez pas croire que cela soit facile ou Comme une parenté, ce sont les mères qui laissent d’indélébiles traces chez les fils qui s’expriment. Le sujet peut en être aussi le couple, celui des parents du narrateur bien sûr mais aussi de voisins de palier ou de relations proches comme dans Aymée, Armand et la photographie qui dit si bien l’amour « quoi qu’il en soit », ou encore en creux dans le cas de l’orphelin d’Il aurait suffi. Bref, on nage dans des histoires de famille, avec les secrets qui s’y cachent, les mensonges, les frustrations générées et parfois les drames qui en découlent.
 
S’il y a quelques naissances porteuses d’espoir dans
Les liens du sang, elles restent peu nombreuses en regard du nombre de décès. Et si certains s’éteignent naturellement de vieillesse ou de maladie, la mort violente, par accident, suicide ou agression criminelle n’est pas en reste. On y trouvera deux tueurs et une tueuse en série et des assassins occasionnels ayant refroidi une petite dizaine de personnes. De quoi donner une dominante noire ou polar à ce recueil où le suspense est fort bien entretenu. Partout, ici la mort rôde :   
« J’avais roulé ma bosse, exercé bien des métiers. Orpailleur au Mato grosso, liftier à Buenos Aires, homme d’affaires à Caracas, coursier ici et ailleurs, guide à Cuzco. (…) Dans un premier temps de mon périple, j’avais même accompagné le sous-commandant Marcos au Chiapas. Comme infirmier (…) J’ai vu la mort de près, je l’ai touchée du doigt sous les uniformes dépareillés. J’ai appris à la reconnaître (…) Parfois elle était belle (…) À d’autres moments, elle n’était que laideur et ressemblait à la misère. » (Revenu de loin)
Par l’intermédiaire des grands-parents ou des plus vieux, les drames de la grande Histoire viennent également croiser
les histoires familiales avec des parents juifs exterminés lors de la Seconde Guerre mondiale : « J’avais pour ma part fort peu connu mes parents, qui avaient eu le tort d’appartenir à une minorité en un temps où seule la majorité avait pignon sur rue. C’est d’ailleurs dans une de ces rues qu’on les avait raflés (…) Plus jamais je ne les revis. » (Une petite histoire de famille), des victimes de la guerre d’Espagne (Argeles sur mer) ou de la guerre d’Indochine : « Maï Lin était, en effet, orpheline. Nos troupes lui ayant grandement, sur ce point, facilité la chose en la débarrassant d’une famille aussi nombreuse que pro Hô Chi Minh » (Une petite histoire de famille). Cette dernière nouvelle est du reste une des plus émouvante dans la manière dont elle conjugue le contexte et l’individu entre guerre et racisme. Le narrateur en est un des pères narrateurs qui, comme quelques fils, se sont à un moment engagés dans l’armée.  

Et puis il y a dans Monsieur Charles, la mort invisible de Fredo le sans-domicile mort de froid et celle de ses semblables lors des rixes de rue en lutte pour de la nourriture ou une place mieux abritée.
Dans ces différentes histoires l’alcoolisme s’immisce plus souvent qu’à son tour. Tout particulièrement dans
Récidive qui aborde les violences conjugales dues à l’abus d’alcool avec une chute admirable et inattendue qui laisse coi, ou dans Comme une parenté qui se termine sur deux morts et un coupable qui n’est peut-être pas celui que l’on pourrait croire. Les photos, traces d’un passé oublié ou caché, y jouent aussi leur rôle.

Enfin, Jean-Claude Tardif, ici et là, sème quelques références littéraires évoquant Aragon, Paulhan, Char, Camus, Guilloux dans Hagiographie (fiction très inspirée du personnage de Louis-Ferdinand Céline), Stevenson, Féval et Corbières dans Aymée, Armand et la photographie, Chateaubriand et Cocteau dans Tout est question de perspective avec cette phrase attribuée à ce dernier : « Si un mystère nous échappe, feignons d’en être l’organisateur ». Conan Doyle y fait aussi une brève apparition dans Le complexe de Reichenbach.

L’écriture travaillée, rythmée, ciselée et sans fioriture de Jean-Claude Tardif donne vie à ces nouvelles graves en les positionnant à la lisière de la littérature de genre, polar ou fantastique, et de la nouvelle classique, en trempant sa plume tantôt dans le sang, tantôt dans le vin, tantôt dans la douleur mais aussi dans le rêve, les émotions, un sourire ou le bruissement de l’eau ou du feuillage. Ajoutons à cela une tension bien entretenue, un art de la chute et une bonne dose d’humour noir par moments, cinglant ou plus joueur à d’autres :

À propos du médecin légiste fils de boucher : « Mes collègues quant à eux, disent simplement – avec cet humour qui, paraît-il, est propre à notre profession – que je perpétue une certaine tradition familiale. »  (Le fils du boucher)
« Je n’ai connu mon père que brièvement. Nous nous sommes croisés après une dernière poussée, un premier cri, au sortir de l’utérus. » (Une brève rencontre)
« Il a l’agilité d’un chat noir, disait La triche (…) Il a dû hériter ça de sa mère, disparue comme ça – elle claquait des doigts – quelques semaines après sa naissance. La sienne de disparition, n’affecta ni n’émut grand monde, excepté les mauvaises langues qui perdaient là une des leurs. » (Sur le métier remettre l’ouvrage) 

Jean-Claude Tardif parvient dans Les liens du sang à nous embarquer dans de drôles de voyages, où le mystère, le tragique mais aussi la lumière et la tendresse se tapissent derrière la banalité la plus quotidienne. Ses héros, « humains ballottés par des destins tumultueux » comme l’écrit Jacques Nunez-Teodoro dans la préface, sont nos voisins, nos cousins, nous-mêmes peut-être par instants, leurs douleurs et leurs espoirs résonnent en nous et permettent à l’auteur, sans masque, avec conviction, empathie et subtilité, de se dire, de dire le monde qui déraille, la violence réelle ou symbolique, les secrets et la frustration qui détruisent des vies et l’amour et la joie qui les illuminent.

Du travail d’orfèvre, à lire en solo dans l’intimité ou à voix haute pour le partage, à déguster dans l’ordre ou le désordre mais sans précipitation car chaque détail ici a son importance. Du bel ouvrage ! 


Paroles de lecteurs


 J'ai lu, relu votre livre "Les liens du sang / sang". Oui, vos histoires me "parlent" comme vous l'écrivez dans la dédicace, j'ai été entraîné dans une quête ardente sur la filiation qui dépasse largement la personne de l'auteur. Aucune redite d'une nouvelle à l'autre, vous creusez. Tout sonne juste dans ces variations et l'écriture forte accroît l'intérêt du lecteur.
 Jean Bensimon


Je termine tout juste la lecture de votre recueil de nouvelles. J'ai aimé l'évocation de ces "liens" réels ou rêvés, présents ou disparus, puissants ou ténus auxquels il est impossible d'échapper et qui délimitent un espace à l'intérieur duquel l'existence se cherche un sens, une voie, une voix.
Certaines de ces nouvelles ont trouvé en moi un écho particulier à cause de l'histoire qu'elles racontent, mais pas seulement. A cause peut-être de ce qu'elles ne disent pas, cette ellipse qu'elles dessinent autour d'un sujet d'accès délicat voire impossible à évoquer. J'ai été sensible à cet affleurement d'une vérité qu'on approche avec prudence, au risque de se brûler.
J'ai apprécié la forme de votre écriture, la façon dont vous rythmez les temporalités ainsi que la chute de chacune de ces histoires originales.
Enfin et de façon très exceptionnelle, il est arrivé que le style un peu sophistiqué pour la lectrice que je suis, attiédisse mon intérêt.
Cela dit, c'est l'enthousiasme qui l'emporte que je ne manquerai pas de diffuser auprès de mes relations, amateurs de nouvelles ou quêteurs de sujets en lien avec le thème du père dont vous brossez des portraits à la fois crus et émouvants.

Bien à vous

Cécile Quiniou 


Bonjour,
J'ai lu avec un très grand plaisir Les liens du sang. Une très belle construction des histoires (et du recueil), des idées originales, des personnages bien campés et surtout une écriture riche et ciselée.Ce n'est pas évident de traiter 24 fois le même sujet avec des thèmes différents et des personnages bien différenciés, de maintenir le suspense jusqu'à la dernière phrase sans lasser le lecteur par des détours trop longs, de laisser parfois planer un léger doute pour ouvrir la nouvelle... Chacune est une réussite. Mes préférées sont "le souffleur" et "le marcheur", pour leur densité et leur délicatesse, mais j'ai beaucoup aimé aussi le fils du menuisier et le fils du boucher.
Bien amicalement
Jean Claude Bologne


Merci beaucoup pour votre dernier livre "Les liens du sang" 
J'apprécie depuis déjà longtemps vos qualités d'écriture et le talent que vous mettez dans chacun de vos articles et je sais déjà le plaisir que cette nouvelle lecture me procurera.
Robert Dadillon

mardi 15 février 2022

Le TIRE-LANGUE présente Nikos Belias: "Aux Bruits de la pensée" (à paraître)


 La collection "Le Tire-Langue" a pour vocation de proposer à la lecture, des ouvrages de poésie contemporaine en version bilingue. Les titres précédemment parus, sont "Le pays perdu de ma naissance" du poète kosovar de langue albanaise Ali Podrimja,  "Août 36 Dernier mois dans le ventre de ma mère" du poète turc  Özdemir Ince, "La Ronde des Rêves" de la poétesse italienne Chiara de Luca, "Voix Liminales" et "Feuilles d'hiver" de la poétesse Franco-américaine Françoise Canter, "Pour un éloge de l'Impossible" du poète castillan Miguel Casado, "Maine" et "Poèmes à un ami français du poète Robert Nash"La musique me revient par vagues" de la poétesse américaine Anne Sexton, "Mes Humeurs Vagabondes" ou "La Mine !" du poète allemand Johannes Kühn,  " Ma rue s'appelle "Reste Fidèle", "Poèmes épars dans une chemise en carton vert du poète Robert Nash, et "Parmi les pierre" de Jean Pière Tardiu  

dimanche 13 février 2022

La Collection "Les Plaquettes" présente Isabelle Rebreyend : "indicible hâte, pour si peu"

 


 Voici le trente-et-un titre de la collection "Les Plaquettes". Il est ponctué de huit lectures aux pinceaux de jaumes privat

Format 21x15 "à la française" - 53 pages intérieures -

dimanche 6 février 2022

La Collection "Les Plaquettes" présente Michel Lamart : "Le Chaudron fêlé"


 Voici le trentième titre de la collection "Les Plaquettes". Il est accompagné de six cires originales de Jean-Pierre Otte

Format 21x15 "à la française" - 51 pages 







Michel Lamart : Le Chaudron fêlé (À l’index éd., 2022), 52 pages, 12 euros -         rue du Stade -  Epouville ou revue.alindex@free.fr

     L’élégante collection « Les Plaquettes » a déjà proposé une vingtaine de titres de poésie ou de proses poétiques mais jamais de recueils d’aphorismes. Le poète Michel Lamart auteur confirmé de plusieurs dizaines de recueils de poèmes s’est lancé dans des variations lexicales autour du thème majeur de la parole. Faire ses gammes ou ses vocalises permet d’arbitrer le bras de fer entre silence et parole. Le chaudron fêlé qui donne son nom à ce livre provient d’un passage de Madame Bovary où la parole humaine est comparée à cet ustensile usagé. Flaubert y voit un récipient où un auteur « voudrait attendrir les étoiles » alors qu’il parvient à peine à battre « des mélodies à faire danser les ours ». C’est à cette aune trop modeste que se mesure le projet de Michel Lamart : rassembler des fulgurances et des propositions et des fêlures sur le cri, le dire et la langue. Selon lui, « flèche et cible se confondent dans la parole ». De nombreuses et solides références viennent émailler ces suites de réflexions : La Bruyère, Cioran, Hugo, Jabès,…On pourrait peut-être reprocher à cet ensemble de cinq séries de notes une certaine rigueur universitaire or ce n’est pas le cas puisque cela permet à l’auteur de développer une approche pertinente de ce sujet si délicat qui a toujours tourmenté les poètes.

Georges Cathalomars 2022 -

La Collection "Les Plaquettes" présente : Fabien Sanchez "Derrière la porte étroite"


 Voici le vingt-huitième titre de la collection "Les Plaquettes". Il est accompagné d'une photo-frontispice originale  d'Olivia HB

Format 21x15 "à la française" -55 pages intérieures -

A L'INDEX n°43

 Vous qui avez l'amabilité de vous rendre sur ce site, prenez le temps de lire ces lignes pour mieux nous connaître et comprendre pourquoi votre soutien nous est premier - Merci à vous !

A L'index est avant toutes choses une revue dont le premier numéro est paru en 1999.  Dans un premier temps, "prolongement papier"  des Rencontres du "Livre à Dire (1997/2012), elle poursuit, aujourd'hui encore son chemin, se voulant avant tout un espace d'écrits. Au fil des numéros, elle a vu son format, sa couverture, se modifier. Pour se présenter aujourd'hui et depuis sa 20iéme livraison sous un format plus réduit (A5) et une couverture "fixe" avec comme identité visuelle la vignette créée pour la revue par l'ami Yves Barbier.

Les vingt premiers numéros ont été imprimés par l'Imprimerie Spéciale du Soleil Natal dirigée par le poète-éditeur Michel Héroult. La mort subite et prématurée de ce dernier, en septembre, 2012 a laissé la revue orpheline et désemparée. Le tirage du numéro 20 n'ayant été livré que pour moitié, il était impératif de trouver un nouvel imprimeur. La question se posa néanmoins de la cessation de parution.
Primitivement tournée presque exclusivement vers la poésie contemporaine, la revue s'est, au fil des livraisons, ouverte à la prose (nouvelles, textes courts, textes analytiques) Aujourd'hui un équilibre entre ces divers types d'écriture est recherché lors de l'élaboration de chaque numéro. Par ailleurs A L'Index travaille avec des dessinateurs et l'illustrateurs.

Si la revue se présente sous une forme le plus souvent anthologique, avec des rubriques récurrentes, elle consacre aussi à intervalles réguliers des numéros à un auteur qu'elle choisit. Ces numéros sont dits : "Empreintes". Depuis 2015 la revue publie également (hors abonnement) et au rythme d'un titre par an, des ouvrages de poésie en bilingue. La collection s'intitule : "Le Tire-langue". Y ont été publiés à ce jour le poète kosovar Ali Podrimja, le poète turc Özdemir Ince et la poétesse italienne Chiara de Luca. Y est programmé le poète espagnol Miguel Casado.
 A côté de cette collection, d'autres existent : "Pour mémoire" où nous avons republié en partenariat avec les éditions Levée d'encre en 2015 "La légende du demi-siècle" d'André Laude et en 2016 "Le rêve effacé" récit de l'écrivain voyageur Jean-Claude Bourlès ainsi que la collection "Les Cahiers" où, sous la direction de Jean-Marc Couvé, est paru un "Pour Soupault" en 2014.

Tous ces titres sont vendus hors abonnement.

Pour l'avenir une collection de poésie contemporaine est envisagée. Son nom "Les Nocturnes" sa spécificité : les ouvrages qui la composeraient, seraient écrits à quatre mains.
2017 verra la sortie  du premier titres de la collection : "Plaquettes" qui comme son nom l'indique se présentera de petits ensembles de poèmes ou de proses à un prix modique : 7€ port compris. Avec l'espoir de donner envie de lire des auteurs contemporains.  


La revue A L'Index et les collections satellites, ne bénéficient d'aucune aide et se diffusent par abonnement ou achat au numéro, Notre seule publicité : le bouche à oreille des lecteurs et la fidélité de ceux qui nous connaissent et nous lisent.



Les textes lui étant soumis le sont uniquement par voie informatique (revue.alindex@free.fr)

 Adisa Bašic -  Amartya Bhattacharyya – Jean Bensimon - Philippe Beurel - Charles Bukowski – Nina Cabanau - Jamila Cornali – Sandrine Davin - Georges Friedenkraft - Louise Glück – Christian Jordy - Jean Kubler - Werner Lambersy - Emmanuelle Le Cam – Claire Légat –  Livia Léri - Hervé Martin - Jean-Pierre Otte – Béatrice Pailler - Jean-Paul Person - Cécile Quiniou  - Ishmael Reed - Timotéo Sergoï -  Philippe Simon - Jean-Claude Tardif – Jacques-Albert Thibaud – Joël Vincent - Reginald Wayne Betts – Elvire Ybos - Martin Zeugma

 Montrés du Doigt par

Jean-Claude Bourdet - Michel Cossec - Philippe Simon

 TABLE DES MATIERES

 


Au doigt & à l'oeil par Jean-Claude Tardif

Deux poèmes de Louise Glück

poèmes traduit de l’anglais (USA) par Pierre Mironer

De l’autre côté de la mer (nouvelle) de Christian Jordy

Poésie Afro-américaine d'aujourd'hui: Ishmael Reed et

Reginald Wayne Betts

traduit et présenté par Vladimir Claude Fišera

«Una vida más» (nouvelle) de Martin Zeugma

Bleu Klein et autres (poèmes) de Béatrice Pailler

Nouvelles impressions de Porto par Philippe Beurel

Profondeurs et chaos intérieurs (texte) par Joël Vincent

Comme ça, tu veux devenir écrivain ? (So you want to be a writer ?) de Charles Bukowski

traduit de l'anglais (USA) par Jean-Marc Couvé

D'un petit bateau en papier jeté à la mer & autres poèmes de Roxana Artal traduit de l’espagnol (Argentine) par l’auteure.

In memorian - À Michel Héroult - par Jean-Claude Tardif 

Corona en quatre saisons (ronde) de Georges Friedenkraft

Le remède (nouvelle) de Jean Bensimon

La Charge de la Brigade Légère ou De Re Poetica (poème) de Werner Lambersy

Pierres & autres poèmes en prose de Livia Léri

À l'Orée (poèmes) de Jean-Pierre Otte

Ça va ? (nouvelle) Hervé Martin

Hoqueter son destin (poèmes) de Emmanuelle Le Cam

L'interminable Java très triste du train qui traversa toutes les Russies. (phrase) deTimotéo Sergoï

Jeu de Paumes – petite anthologie portative -

Jamila Cornali – Sandrine Davin - Claire Légat – Claire Quiniou - Philippe Simon – Jacques-Albert ThibaudElvire Ybos

Le Der des Ders (nouvelle) de Jean Kubler

Poésie Bosniaque d'aujourd'hui : Adisa Bašic

traduit et présenté par Vladimir Claude Fišera

La dernière enquête de Maigret. (nouvelle) de Jean-Paul Person

Istanbul & autres poèmes de Nina Cabanau

La voix de l'ami (poème) -

traduit du français vers le farçy bengali par Bezhad Nezadahmadi

L’enfant nu (poème) de Amartya Bhattacharyya  

traduit du bengali par Nina Cabanau 

D’abord, j’ai lu l’introduction de Jean-Claude Tardif , Au doigt et à l’œil, humeur de saison sur les failles et pièges de la communication, les brutalités, même. Regard attristé. Métaphores… Les « sabliers engorgés », et, comme « verset » d’espoir, celui des oiseaux, « mélopée libre ». Mais espoir amer, car « les oiseaux disparaissent ». Conception d’une poésie de la « légèreté » (oiseaux aériens...), contre la lourdeur pesante du réel. Pour conclure sur le « besoin » de poésie… « pour renouer avec l’un des plus beaux rêves de l’homme, la Liberté dans un monde partagé. ». Et, en face de ce texte, une illustration de Léo VerleBouteille à ma mer. Une feuille glissée, balançant entre sable et eau. Finalement, la poésie envoie bien des bouteilles à la mer (et chacun la sienne, peut-être, car suivant les messages et les réseaux le voyage ne sera pas le même, ni les destinataires.) De Jean-Claude Tardif, un autre texte est un hommage rendu à Michel Héroult, poète et revuiste, avec lequel il partagea beaucoup d’engagements pour la poésie, pas toujours faciles ou heureux. In memoriam.

 

Je ne suis pas très lectrice de nouvelles, je vais plus vite vers les poèmes. 


MAIS certaines parfois peuvent retenir mon attention, surtout si elles échappent au genre, et j’aime la prose, qui a un souffle différent du poème en vers. (Nouvelles, si c’est pour dire bien plus que du fictionnel, ou pour contenir des fragments de poèmes, d'aphorismes, ou pour rejoindre une pensée philosophique ou métaphysique…).
J’ai donc beaucoup aimé le texte de Christian JordyDe l’autre côté de la mer. Car le couple dont il raconte un itinéraire d’amour, exil, et mort, existe assez pour représenter bien des couples réels de cette histoire tragique. Rencontre et espoir de fraternité, guerre et exil, solitude à deux dans un univers étranger, maladie qu’on peut interpréter comme le symptôme d’une souffrance non libérée (on peut mourir d’exil). L’auteur fait revivre des bribes de la vie oranaise espagnole - dont les douceurs sucrées, mouna et mantecaos (même s’il a un nom d’une autre rive méditerranéenne), et l’Histoire, depuis la peste du milieu du XIXème siècle, jusqu’à la guerre qui déchira les communautés, sans oublier les attentats et le massacre du 5 juillet 1962 qui fit des centaines de morts et de disparus (et reste très occulté). Journée que j’ai évoquée dans un poème publié dans À L’Index N° 37, Litanie pour juillet plusieurs fois, plusieurs fois tous les temps, même si ma dédicace élargit à des drames similaires dans le monde contemporain et ses violences (sans oublier la décennie noire qui fit 200 000 morts en Algérie, les intégristes islamistes recommençant les assassinats ciblés et les massacres, légitimant encore le terrorisme contre les civils). 

L’histoire de son couple, Pierre et Maria, commence dans la mer, rive algérienne, se brise par la mer (départ en prenant le paquebot Ville d’Oran), continue devant la mer, regardée dans l’exil en cherchant mémoire de l’autre rive, et finit dans la mer, cette Méditerranée devenue patrie d’exilés (et cimetière de beaucoup…). Leur leucémie, qu’ils ne soignent pas, maladie du sang, peut être interprétée comme une mémoire traumatique du sang versé, et leur suicide une façon de rejoindre leur pays, se mêlant au sang salé de la mer. 

Puisque je parle des nouvelles je vais sauter des pages et continuer ma sélection très subjective parmi les pages en prose… 

……………………………………………..

TEXTES en prose, donc, plus loin. J’ai trouvé passionnant celui de Joël Vincent, essai érudit, Profondeurs et chaos intérieurs. Très riche réflexion, avec beaucoup de références et citations. J’ai d’abord remarqué les exergues (Nelly Sachs, Büchner, et Cioran). Ce qu’est l’écriture, la poésie. Il part d’une lecture d’Elias CanettiLa conscience des mots, traitant, dit-il, du chaos intérieur, et qualifiant les poètes de « gardiens des métamorphoses ». Le chaos n’est pas à comprendre comme un négatif désordre, au contraire. Et Joël Vincent cite Elias Canetti, pour bien introduire le sens de cet état qui ouvre la création... Car « C’est si le poète porte un CHAOS EN LUI qu’il est le plus proche du monde. Il est responsable de ce chaos et il a en lui de la place pour tant de choses contraires et disparates… ». Écho qui confirme ce qu’est ce processus créateur, ce que dit Novalis. « Il faut que le chaos brille dans chaque poème. » Joël Vincent parle d’une genèse dynamique, un mouvement en soi qui s’inscrit dans un triangle « le monde, le sujet et la langue ». Plusieurs noms viennent appuyer l’analyse et préciser le rapport au langage dans la création littéraire (dont Maulpoix, Emaz, Verlaine, Merleau-Ponty, Char, Beckett, Nietzsche, Celan, Rimbaud, Pichette, Noël…). Le poète ne l’est vraiment que s’il refuse de refouler le « chaos intérieur », et au contraire en fait une force de « résistance » pour ne pas rester « à la surface des choses ».    

……………………………………………..

Prose, aussi, le long texte de Timotéo SergoïL’interminable Java très triste du train qui traversa toutes les Russies. Six jours de voyage, dit l’auteur, de Vladivostok à Moscou, en quelques pages d’une très longue phrase. Mystère du transsibérien « qui relie les sans monde, qui renoue les cent mondes ». (Mais lesquels ? de quel temps ?).  Évocations diverses, Chagall ou « les sorciers chamanes ». Voyage dans la mémoire, aussi, des jeux d’enfance. Le train emporte des univers de vent et d’êtres que Moscou dévore à l’arrivée. « … la capitale moscovienne qui dévorera leur passé, ne fera d’eux qu’une bouchée, ni temps ni espace n’existent, ni ce que l’on prenait pour Amour, ce n’est que neige, ce n’est que peur (…) ».

Train qui « n’est qu’un imaginaire », « amour impossible ». Et où « penser est impensable, penser est impossible, penser est interdit ». Malgré le rêve, ou le rêve malgré cela… « aimer vivre une liberté loin des hommes assis, la liberté debout dont rêvent nos amis ». Mais « (nous ne vivons que de nos rêves/que de nos rêves/nous ne vivons que de nos rêves) alors peut-on rester assis ? ». Et voilà que le train rêvé dépasse Moscou et rejoint le monde. En laissant « Crânes, corps et cœurs » qui « pleurent un hasard qui les a menés là » et qui… « n’existe plus ». Le réel ce sont des « monuments aux soldats fous, aux socialistes en caoutchouc ». MOSCOU.  

Ce texte, écrit en 2012, pour un voyage fait apparemment cette même année, et publié en octobre 2021, là, paraît visionnaire. À la fois poétique, parcours réel et parcours intérieur, et politique, amer, lucide. Ode d’amour à une terre et ses paysages, ses glaces aussi (présence métaphorique) et ses êtres. Et sorte de film triste, sur les impossibilités et fractures d’un monde.

……………………………………………..

POÈMES. Cela s’ouvre (premières pages suivant le texte de Christian Jordy) par les textes de deux poètes afro-américains, traduits par Vladimir Claude Fisera, qui les présente. Ishmael Scott Reed (né en 1938 dans le Tennessee, reconnu important comme poète beat, il est aussi musicien) et Reginald Wayne Betts (né en 1980, il a connu la prison et de dures années, pendant lesquelles il poursuit ses études qu’il mènera jusqu’au doctorat ensuite –  il enseigne la littérature à l’université et intervient sur la question de la délinquance des jeunes).

CITATIONS… 

O, it’s hard to come home, baby

To a house that’s still and stark

All I hear is myself

thinking

and footsteps in the dark  

Oh, c’est dur de rentrer à la maison, vieux

dans une maison muette et froide

Tout ce que j’entends c’est moi

Ishmael Scott Reed

 (…) Believe me 

when I tell you I fell in love. Not with her, but

with her tears.

Crois-moi quand je te dis que je suis tombé amoureux.

Pas d’elle mais de ses larmes.

Et… (…) night //

longer than a sinner’s

prayer in Red Onion’s small 

ruined cells where ten thousand //

years of sentences

beckon over heads & hearts,

silent (…)

(…) cette nuit //

plus longue qu’une prière de pécheur

dans ces petites cellules décrépites de Red Onion

où dix mille ans de condamnations font signe au-dessus //

des têtes et des cœurs silencieux

Reginald Wayne Betts (Je note les lignes sautées par deux traits, //)

……………………………………………..

Le poème de Charles Bukowski, qui justement suit le texte de Joël Vincent, parle aussi de ce « chaos intérieur » créateur car assumé. C’est dit avec un certain humour, ou comment n’obéir qu’à l’authenticité d’une nécessité plus forte qu’aucun vain effort, écrire d’évidence. 

Comme ça, tu veux devenir écrivain ? 

(So you want to be a writer ? ), trad. J-M Couvé

CITATIONS

si ça ne sort pas de toi dans un jaillissement 

de tous les diables

laisse tomber.

(…)

à moins que ça ne jaillisse

comme un missile de ton âme

(…)

à moins que ton soleil intérieur

te brûle les tripes, 

laisse tomber.

……………………………………………..

Et quelques pages plus loin je retrouve encore ce qui m’intéresse le plus dans un poème, cette force de profondeur unique qui donne accès à un sens déchiffré, qui autrement aurait échappé à tout autre. Long poème de Werner Lambersy, qui n’est hélas plus là pour qu’on lui dise ce qu’on aime de son écriture… 

La Charge de la Brigade Légère

     Ou De Re Poetica

Parmi les exergues, une citation d’Erri De Luca. « Après la première mort, a écrit Dylan Thomas, il n’y en a pas d’autre. »

CITATIONS

À quoi sert de tant

Lire //

Écrire ce qui n’est 

Pas encore   voilà

La véritable tâche

(…)

Quelque chose se prépare dont

On ignore tout //

C’est de l’ordre des levures dans 

La pâte

(…)

…. // je suis

Dans ce malaise //

De savoir que la beauté existe

Sans que je sache

 //

 Ce que je puis espérer encore

D’elle et du monde 

Dans l’horreur de son retrait

(…)

A danser dans 

L’absence de signes //

Il reste cependant 

L’antique angoisse

La peur millénaire //

D’être envahi

Par tant de mystères

(…)

Ça pénètre par la peau et la 

Mémoire //

Un parfum inoubliable vous

Entoure du dedans //

Demande à retourner là-bas

Où naît l’anonyme

……………………………………………..

De Jean-Pierre Otte je lis À l’orée, un ensemble de dix poèmes brefs, précédés par un texte en italique qui pourrait être la méthode d’un exercice raisonné de disparition, volonté de fugue, vers un ailleurs qui commencerait par le détour en soi pour une mise à nu, un dépouillement.

J’en choisis un fragment révélateur.

« Pour survivre à soi-même, il faut se délester, se récurer avec soin, se délivrer de toute entrave. »

CITATIONS. (Je note le numéro des poèmes, qui n’ont pas de titres, et les espaces entre les lignes par deux traits, //)

1.

Par degrés indifférents nous en sommes arrivés //

au temps des éclipses et des effacements

2.

Il s’est fait d’effroyables naufrages en nous-mêmes

Et les paroles ont épuisé les réserves du silence.

Perdant leur tain, les miroirs ont fait voir (…)

ainsi que, proches et lointains à la fois, //

les terrains vagues que l’on suppose dans l’âme.

3. 

Celui qui disparaît en lui-même se retrouve //

(…) et que l’esprit recouvre

(…) le champ des coïncidences nécessaires.

4.

C’est un droit d’asile en toi-même qu’il va falloir obtenir.

5. 

(…) Tâchons plutôt

de nous déprendre de notre propre histoire,

et de vivre (…)

en nous délestant par degrés de celui que l’on fut.

6.

L’endroit où l’on s’égare est l’envers //

où l’on réapparait (…).

7.

Ce sont là nos points de contact avec l’incertain.

8.

(…) une saison 

Qui ne correspond plus à la nôtre (…)

9.

(…) la perte nécessaire de presque tout

si l’on veut passer en fraude avant l’aube //

la frontière qui n’existe pas entre les mondes.

10.

En songe et en apnée, le pêcheur de perles

se laisse couler à pic en lui-même 

pour trouver l’étroit passage vers ce ciel nocturne

en réplique au-dedans de nous-mêmes, oùil y a 

sans cesse des scintillements de vers luisants //

qui font sans bruit cortège à la nuit des temps.

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Plusieurs poèmes dans l’anthologie centrale, Jeu de paumes. Je repère notamment celui de Claire Légat, que j’avais découverte grâce à une recension dans la revue, volume que j’ai lu ensuite, poète à qui j’ai consacré une note ici (tag à son nom), rencontrant en elle une affinité de démarche.

Je retrouve ses notations subtiles, venues d’un centre en elle dont naît l’écriture avec une force juste, et la même exigence constatée dans le recueil et le numéro d’Encres vives qui lui est consacré.

CITATIONS…  Inédit  

ferveur

ma richesse

hors d’atteinte

dans ma racine extrême

(…)

des doigts de saules transitent

pour arborer l’au-delà 

//

survivre

surmourir

(…)

Le ciel palpite sans preuve

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Poésie, toujours, littérature bosniaque.

Poèmes d’Adisa Basic, née à Sarajevo en 1979. On y voit la peinture des mémoires de guerre.

Trad. Vladimir Claude Fisera.

Je copie un poème  bref, fragment de cet univers mémoriel.

Vengeance

Je sais qui

a tué ma femme et

mon fils et

ma fille.

Je le sais, l’un d’eux est revenu.

Il tient une boulangerie.

Mais moi je fais attention

à ne jamais rien acheter chez lui.

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Nina Cabanau a publié là deux poèmes, 

dont Istambul 

« J’ai oublié ton eau vive 

 Découpée dans le papier des rêves »

Et elle a traduit du bengali un poème d’Amartya Bhattacharyya

L’enfant nu

CITATION…

Quoi que tu fasses, eux s’indiffèrent.

Et l’enfant abandonné

Absorbe la poussière ordinaire

À chacune de ses foulées sur terre.

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De Bezhad Nezadahmadi un poème en français et persan

La voix de l’ami

CITATION

La voix de l’ami est lointaine, 

Introuvable

Et la distance est une douleur blanche

Porteuse de silence

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En fin de volume des recensions. Lecture par… de… 

Philippe Simon a lu Jean-Claude TouzeilPrendre l’air, avec des photographies d’Yvon Kervinio. Trois vers posés en face des photographies d’artistes de cirque. Écriture sur un univers de rêve. 

Michel Cossec rend compte d’Ubacs, ou Achronologies, de Jean-Claude Chenut.

Jean-Claude Bourdet a présenté mon livre de photographies et textes, écrit à deux avec mon co-auteur, qui a posé des textes brefs, poèmes et fragments, quand je développais, en ample avant-propos, démarche photographique et conception du regard (laissant le poème dans mes titres en une ligne et le titre principal). La photographie, expérience initiatique (texte important pour moi car bilan, et parce que le regard précède la photographie...). Ombres géométriques frôlées par le ventMC San Juan et Roland Chopard (tags à son nom, recensions, ses livres personnels, que j'apprécie particulièrement).

Recension © Marie-Claude San Juan (numéros précédents, tags au nom de la revue sur Trames nomades)

LIEN. Le livre à dire, À L’Index, Jean-Claude Tardif... http://lelivreadire.blogspot.com