mardi 16 mai 2017

LE TIRE-LANGUE présente Miguel Casado/Pour un éloge de l'impossible

La collection "Le Tire-Langue" a pour vocation de proposer à la lecture, des ouvrages de poésie contemporaine en version bilingue. Les titres précédemment parus, sont "Le pays perdu de ma naissance" du poète kosovar de langue albanaise Ali Podrimja,  "Août 36 Dernier mois dans le ventre de ma mère" du poète turc  Özdemir Ince, "La Ronde des Rêves" de la poétesse italienne Chiara de Luca et  "Voix Liminales" de la poétesse Franco-américaine Françoise Canter


Ouvrages vendus 17 € (port compris) même coordonnée que la revue A L'INDEX

Miguel Casado est né à Valladolid en 1954, il vit à Tolède depuis 1996. Poète, traducteur, critique littéraire et essayiste, il a été traduit en allemand, anglais, arabe, néerlandais, portugais, et en français. Sa présentation critique en édition de poche (Cátedra) de Gamoneda, ainsi que celle de José-Miguel Ullán, font autorité.






El día escinde la percepción
al colorear la tierra.
Limita el dolor
con la promesa del tiempo.
Presenta lo ya vivido
como imagen de lo por vivir.

(Invernales, 1985
Le jour scinde la perception
en coloriant la terre.
Limite la douleur
avec la promesse du temps.
Présente le déjà vécu
comme l'image de ce qui est à vivre.

Bibliographie

Poésie

Invernales (Hivernales), Premio Arcipreste de Hita, Alcalá la Real, 1985. Réédition partielle de ces poèmes sous le titre : Para una Teoría del Color (Pour la théorie des couleurs), Nómadas, Gijón/Oviedo, 1995.
La Condición de pasajero (La condition du passager), Ediciones Portuguesas, Valladolid, 1986; puis Editora Regional Extremadura, Mérida, 1990.
Inventario (Inventaire), Prix Hyperion pour la poésie), Ediciones Hiperión, Madrid, 1987.
Falso Movimiento (Faux Mouvement), Cátedra/Poesía, Madrid, 1993.
La mujer automática (La femme automate), Cátedra/Poesía, Madrid, 1997.
Tienda de fieltro (Tente en feutre), DVD, Barcelone, 2004.
El sentimiento de la vista (Le sentiment de la vue), Tusquets Editores, Barcelona, 2015.

Essais et critique littéraire 

De los ojos ajenos (Dans les yeux des autres): lectures de Castille, de Léon et du Portugal, Salamanca, 1999.
Apuntes del exterior (Notes de l'extérieur), Santander, 1999.
La puerta azul (La porte Bleue): las poéticas de Aníbal Núñez, Madrid, 1999.
Del caminar sobre hielo (De marcher sur la glace), Madrid, 2001.
La poesía como pensamiento (La poésie comme la pensée), Madrid, 2003.
El vehemente, el ermitaño (Le véhément, l'ermite): Lecturas de Vicente Núñez, Málaga, 2004.
Archivos (Archives): lecturas, 1988-2003, Burgos, 2004.
Ramón del Valle-Inclán, Barcelona, 2005.
Los artículos de la polémica y otros textos sobre poesía (Articles de la polémique et autres textes sur la poésie), Madrid, 2005.
Deseo de realidad (Désir de la réalité), Oviedo, 2006.
El curso de la edad (Au fil de l'âge): lecturas de Antonio Gamoneda, Madrid, 2009.
La experiencia de lo extranjero, Ensayos sobre poesía, (L'expérience de l'étranger. Essais sur la poésie), Barcelona, 2009.
La palabra sabe (Savoir et saveur de la parole), Madrid, 2009.
Literalmente y en todos los sentidos. Desde la poesía de Roberto Bolaño (Littéralement et dans tous les sens. Dans la poésie de Roberto Bolaño), Madrid, 2015.
Ciudad de los Nómadas –Notas de una lectura de Paul Celan–“, dans le collectif Lecturas de Paul Celan, Madrid, 2017.

Traductions

Paul Verlaine, La bonne chanson, Romances sans paroles, Sagesse, Cátedra, Madrid, 1991.
Roberto San GeroteoLa parole d'un homme, Icaria Poesía, Barcelona, 1999.
Ponge, FrancisLa rage de l'expression, Icaria Poesía, Barcelone, 2006 & La rage de l'expression, La fabrique du pré, Le parti pris des choses, Galaxia Gutenberg, Barcelone, 2006.
Arthur Rimbaud, Obra poética (œuvre poétique), DVD, Barcelone, 2007.
Bernard Noël, Le reste du voyage et autres poèmes (avec Olvido García Valdés); Journal du Regard, Madrid, 2014.

Mais aussi: Essais de Baudelaire, Mallarmé, Valéry dans Poe, Baudelaire, Mallarmé, Valéry, Eliot : Matemática Tiniebla (Ténèbre Mathématique). Genealogía de la poesía moderna (Généalogie de la poésie moderne), Barcelone, 2010.

En préparation: Gastão Cruz, A moeda do tempo, traduit du portugais.

23/06/2019

"POUR UN ÉLOGE DE L'IMPOSSIBLE". MIGUEL CASADO TRADUIT ET PRÉSENTÉ PAR ROBERTO SAN GEROTEO

CASADO.jpgEl día escinde la percepción / al colorear la tierra.
     Le jour scinde la perception
     en coloriant la terre.
.
                     (…) este extraño
elogio de lo imposible
que acompaña al que no supo detenerse.
                     (…) cet étrange
éloge de l’impossible
qui accompagne celui qui n’a pas su s’arrêter. 
      Miguel Casado (traduit par Roberto San Geroteo)
.            
 
Ce livre, bilingue, publié en 2017 par À L’Index (Jean-Claude Tardif éditeur, Le livre à dire) dans la collection Le Tire-langue (traductions) est un choix de poèmes de Miguel Casado, allant de 1985 à 2015. Le choix des textes, la traduction, et l’introduction sont de Roberto San Geroteo, poète et traducteur (Valdès, Gamoneda… etc.).
Miguel Casado est poète, essayiste, critique, et traducteur (de Verlaine, Rimbaud, Ponge, Noël, San Geroteo… etc.). 
L’introduction permet de découvrir l’itinéraire de l’auteur. L’accent est mis sur l’ancrage du poète dans une conscience historique et donne des clés de lecture, qui m’intéressent particulièrement, dont une qui a un rapport avec le regard. Le cinéma est très présent dans les références de Miguel Casado, inspiré par des films, dont Faux mouvement de Win Wenders. Ce lien avec Wenders rejoint la question de l’ancrage dans le réel, car celui-ci, dans son livre Emotion pictures, fait le procès des images qui mentent (truquées, fabriquées), travestissant le réel. Cette référence n’est pas anodine, elle dit une parenté intellectuelle et esthétique, une exigence éthique. Je note aussi la mention de Kandinsky, dans les oeuvres qui inspirent aussi l’écrivain. Ceci interroge autrement (tout en confirmant l’importance du regard pour le poète). Car, si Roberto San Geroteo insiste sur le rapport au réel et à l’Histoire, en ajoutant que cette écriture ne cherche « aucune sorte de transcendance », Wassily Kandinsky, lui, est l’auteur du livre « Du spirituel dans l’art et dans la peinture en particulier ». Le mot spirituel est polysémique, certes, mais mène cependant à la prise en compte d’une dimension de l’humain qui transcende, en quelque sorte, le rapport au quotidien, le rapport aux choses. Cette proximité signe une complexité, un possible paradoxe, et c’est intéressant aussi. 
L’essentiel reste l’importance du regard. Or ce poète a un regard de peintre : les couleurs sont partout dans ses textes, partout une « matière » visuelle, aussi. D’ailleurs une de ses publications est titrée « Pour une théorie de la couleur ».
Enfin, autre référence, L’Étranger d’Albert Camus. Clé, cette fois, pour saisir le questionnement de l’auteur sur ce réel qu’il interroge et peint avec ses mots, et sur la conscience d’être soi et autre en même temps. Rencontre camusienne pas étonnante, et pas seulement en rapport avec le thème de l’étrangeté à soi-même. Pour un poète espagnol, l’hispanité assumée de Camus est une porte d’entrée dans son oeuvre. Un titre de Miguel Casado, parmi les essais sur la poésie, est « L’expérience de l’étranger ». Ne l’ayant pas lu je ne peux que supposer comment la question du rapport à l’autre, étranger à soi, et à l’autre en soi, peut intervenir dans la théorie de la poésie. Mais il est vrai que l’enjeu de la poésie est de scruter les failles du sens : c’est donc complètement lié. (Il ne reste plus qu’à lire l’essai…). 
Autre essai, je note, dans la bibliographie, un titre qui est un programme théorique et pratique, « La poésie en tant que pensée ». Penser à partir du fait d’écrire, le poème comme matrice conceptuelle. 
 
En ouvrant le livre, dès les premières pages des notations de couleur.
« (…) des franges de bleu entre les nuages », ou l’eau verte, mais « à peine ». Couleurs esquissées, légères, subtiles (souvent) ou franches, nettes, fortes (plus rarement), tout le livre est peinture. Ce qui est vu est aussi ce qui s’entend. Comme si les « sons végétaux », venant de l’eau, entraient dans le paysage. Et « quelque chose », dit-il, « suggère la fiction du mouvement » (« Faux mouvement » de Wenders ?). Comme si le poète-peintre était en même temps celui qui se méfie du narratif de ce qui est regardé, pour ne pas être piégé par les apparences. Il regarde, il peint, et il pense, en décalage immédiat de lucidité. C’est passionnant de constater cette rigueur de la distance prise avec son propre regard. Page qui suit je remarque le mot « simulacre » (au sens pluriel, tout étant, là, dans ce moment, simulacre). C’est venu de l’absence de couleur sur « certains versants », la nudité du « rien ». Ce n’est pas du silence, dit-il, et pourtant c’est un monde « muet ». Retrait intérieur par rapport à la nature qui ne donne pas, ou semble ne pas donner, dans cet instant en tout cas, sa place au vivant qui regarde, à l’humain. 
Couleurs, encore. Le noir loin de la lampe, métaphore d’une angoisse cependant. Puis le bleu de la plaine, le gris de la mer. Même fumer est l’occasion de parler de couleur, de créer un tableau. Cigarettes d’autrefois, et cigarettes actuelles. Le papier, le filtre. Ou, ailleurs, couleur brune de la terre, et verte d’une source, ou sombre des nuages et de la pluie. Et la fumée bleue qui semble être la brume sur le paysage, puis l’orange des arbres (feuilles d’automne peut-être, ou reflet d’un soleil couchant). Même le vent semble avoir une couleur ou créer de la couleur. Et enfin l’écriture elle-même est vue, graphie noire et traces d’encre. 
La couleur est aussi matière qui peut se toucher. Terre, sable, poussière, pierres, bois, feuilles… L’eau, le végétal. Comme dans les livres d’artistes où des éléments concrets sont posés, collés.
Je tourne les pages, je reviens en arrière, au tout début. L’étranger est là, l’autre en soi. Il parle de se « reconnaître », et de l’étrangeté de ce ressenti, soi présent qui ne ressemble pas à soi du passé. La distance avec lui-même est aussi dans « l’opacité des images ». Dehors et dedans se rejoignent, le monde visible et la conscience de soi. Il oppose, ensuite, et mêle, « authenticité » et « imposture » des actes et des rêves de la vie. Exercice de lucidité au fil des poèmes. Réflexion sur la mémoire et ses « silences ». Plus loin il parle à ce sujet d’un « exil » (par rapport à soi). Se souvenir est lié à cet exil de soi, des choses du passé qui ne sont plus. Expérience personnelle d’un vide de sens dont il n’attend rien, dans les moments de tristesse devant la dégradation des lieux, des choses et des corps (le sien compris).
Regard. Sans regard pas d’identité, de conscience de soi. Perte des choses et perte de la conscience de soi si le concret n'est plus un repère. (Cela évoque Ponge qu’il a traduit : poser le réel par les objets à saisir, voir, décrire, et ainsi exister).
Regard. 
Car « Ce qui est consistant et ne ment pas » c’est cela, « l’émotion du regard » associée au « contact ambigu des pierres » dans la marche.
Dans le dernier texte de cette anthologie, « Autoportrait au miroir », il exprime un regret, un paradoxe. D’un côté « toute la vie à regarder ». De l’autre la myopie, « ces yeux creux et voilés », « ces yeux qui ne voient pas ». Or peut-être est-ce justement cette myopie qui lui a fait regarder le monde en peintre, et écrire en peintre. Car la myopie c’est le flou. Gilbert Lascault, lui, myope aussi, en a fait une force pour penser autrement l’esthétique (celle du peu, de l’impur, du dispersé : lire l’introduction de ses « Écrits timides sur le visible » ). Et dans une thèse sur le flou, « Un 'éloge du flou' dans et par la photographie »  (titre que certains traduisent en éloge de la myopie) Julia Elchinger montre en quoi le regard flou est plus juste, finalement. Citation : «  Dans la nature, les choses ne sont pas fixes. Et le flou en traduit les vibrations. Le flou frotte les choses entre elles, qui se confondent alors avec tout leur environnement. De ce fait le flou harmonise la vision, bien plus que la netteté ne le fait, puisqu’au contraire elle sépare tout. Donc nous voyons plus selon la vision floue, impressionniste, que selon la vision nette de l’art classique. » 
 
Pour conclure, très beau recueil anthologique, fine traduction de poète à poète. La bonne manière pour entrer dans l’oeuvre de Miguel Casado et avoir envie d’aller plus loin dans la lecture…
 
MC San Juan
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LIENS
Accueil édition...
Note éditeur sur le recueil et l’auteur… 
Commande : Le livre à dire, Jean-Claude Tardif, 11 rue du Stade, 76133 Épouville. Le recueil bilingue, 17€

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jeudi 11 mai 2017

LE TIRE-LANGUE présente Françoise Canter /Voix Liminales

La collection "Le Tire-Langue" a pour vocation de proposer à la lecture, des ouvrages de poésie contemporaine en version bilingue. Les titres précédemment parus, sont "Le pays perdu de ma naissance" du poète kosovar de langue albanaise Ali Podrimja,  "Août 36 Dernier mois dans le ventre de ma mère" du poète turc  Özdemir Ince et "La Ronde des Rêves" de la poétesse italienne Chiara de Luca



Ouvrages vendus 15 € (port compris) même coordonnée que la revue A L'INDEX


Françoise Besnard Canter est née le 12 mai 1959 à Paris. Elle a immigré aux États Unis, en 1989. Elle a habité à San Diego en Californie où elle a étudié l’anglais et enseigné le français et la littérature. Elle est l'auteure d'une thèse de doctorat sur l’OULIPO et ses plagiaires par anticipation de la Renaissance (Les Grands Rhétoriqueurs, Rabelais et Tabourot des Accords). En 1996, avec sa famille, elle quitte San Diego pour emménager à Seattle où elle enseigne le français et la littérature comparée à The Northwest School. Depuis quelques années elle anime également un séminaire en anglais sur l’utopie, l’exil et la traduction. Françoise écrit des poèmes en français et en anglais qu’elle traduit souvent elle-même. Aujourd’hui, elle se remet à l’espagnol. Depuis 1989 elle fait tous les ans le voyage en France. Les voix Liminales / Liminal voices témoigne de ce va et vient entre deux langues, deux cultures, deux pays. Ce recueil donne voix à cette pensée, par essence poétique, qui se crée entre les langues.



San Geronimo translates

for San Geronimo, patron of translators, and for all the translators of the world

San Geronimo translates,
right hand resting on a round stone
head bending over the books, the scattered papers, the feather and the ink.
Eyes, then, open and close over the vastness of the endeavor.
An open book is sitting on a skull:
death is present, on the desk, by the eyeglasses.
A simple cloth is wrapped around the lean body:
the muscles are tensed, the veins are visible.
He holds a crucifix in his left hand and slides it softly
in the crook of his arm, as if
to rock it,
with all the hope and tenderness in the world.

This poem was inspired by the painting of Sebastián de Llanos Valdés «San Jerónimo Penitente en sus estudios » (Museum of Fine Arts in Seville)





Saint Jérôme traduit

à Saint Jérôme patron des traducteurs et à tous les traducteurs du monde

Saint Jérôme traduit,
la main droite s’appuie sur la pierre ronde
la tête se penche sur les livres, les feuilles éparses, la plume et l’encrier
les yeux alors s’ouvrent et se ferment sur l’immensité de la tâche.
Un livre ouvert est posé sur un crâne :
la mort est là, sur le bureau, près des lunettes.
Le corps sec est presque nu, un simple tissu entoure les hanches :
les muscles sont tendus, les veines sont visibles.
Il tient un crucifix dans sa main gauche et le fait glisser doucement
au creux de son bras, comme
pour le bercer,
avec tout l’espoir et toute la tendresse du monde.



Ce poème s’inspire de la peinture de Sebastián de Llanos Valdés «San Jerónimo Penitente en sus estudio » (musée des Beaux-Arts de Séville)






On en parle - les lecteurs réagissent

Je n'ai encore que survolé le poète espagnol (voler un poète n'est pas charitable, mais le survoler...),
par contre, ai dévoré Canter - vraiment, une belle "voix" ! [ton catalogue s'allonge de belle façon]
Me touchent ces êtres qui ne se contentent d'être "nés quelque part", pour citer Brassens !
Vu mon propre parcours (à contre cours), Françoise Canter suscite moult échos z' en moi.
Et tu me sais assez pour imaginer que le mélange des langues, des genres, des gens me botte !
Seul regret : le poème "épilogue", en espagnol, n'est traduit - or, je parle cette langue
comme une vache franco-belge !


dimanche 23 avril 2017

Pluie, Pampou, Gabriel Mwènè Okoundji

Collection Les Plaquettes


Voici le premier titre de la collection : Les Plaquettes


Format 21X15 - 32 pages intérieures - 
(tirage 120 exemplaires)
prix public 7 € (port compris)






Poème 
à Gabriel Okoundji
de Thierry Delhourme



Je te parle Gabriel Okoundji de notre mémoire commune de la beauté
qui rend la bonté à l'homme ; homme je te parle d'une aisance je te parle
avec foi des territoires dont nous n'avons plus la machine
ni leur secret d'être ; être au monde car, toi, le Mwènè tu
sais que sur cette planète terre il n'existe plus
aucune part aucun lieu ni que le blessé
crie sa douleur à l'autre ; autre pour que
l'égaré ; égaré expose sa solitude
miracle ô miracle !
du mal bleu
d'air


suivi de
Gabriel Mwènè Okoundji
                                                           - le monde dans un poème -
                                                        postface de Jean-Claude Tardif














On en parle

Thierry Delhourme: "Poème à Gabriel Okoundji" A L'Index éditeur (coll. Les plaquettes) – 48 pages (7€)
La dominante de ces textes est la tendresse qui sourd de chaque mot, de chaque vers, voire de chaque silence de ce très bel ouvrage qui s'accompagne d'un sentiment d'admiration assez rare dans ce genre de livre. Admiration tout à fait louable.
Cet ouvrage entre dans la collection "Les plaquettes". Editions non pas à l'opposé des modes, mais éditions qui conçoivent les modes si l'on peut s'exprimer ainsi en ce domaine pour un livre d'une intensité rare. L'ouvrage, signé Thierry Delhourme risque d'intéresser bon nombre de lecteur à ce "Poème à Gabriel Okoundji"dans lequel on perçoit le suivi chaleureux du partage.
L'intensité est présente en chaque ligne. C'est de l'amour. Et si ce n'est pas de l'amour, qu'est-ce donc ? Cela y ressemble fort tant la sensibilité y est sollicitée. D'ailleurs le poète explique sobrement mais avec grâce :
"nous accomplissons jour après jour
la qualité de nos gestes d'hommes"
C'est simple, mûrement conçu, rédigé avec cette candeur suberpe qui palpite en chacun de nous. Un livre un peu trop bref, mais d'une "présence" incontestable. Cette collection "Les Plaquettes" me semble vouée à un très bel avenir.

Ne soyez pas les derniers à la découvrir.

samedi 19 novembre 2016

A L'INDEX n°32



Vous qui avez l'amabilité de vous rendre sur ce site, prenez le temps de lire ces lignes pour mieux nous connaître et comprendre pourquoi votre soutien nous est premier - Merci à vous !

A L'index est avant toutes choses une revue dont le premier numéro est paru en 1999.  Dans un premier temps, "prolongement papier"  des Rencontres du "Livre à Dire (1997/2012), elle poursuit, aujourd'hui encore son chemin, se voulant avant tout un espace d'écrits. Au fil des numéros, elle a vu son format, sa couverture, se modifier. Pour se présenter aujourd'hui et depuis sa 20iéme livraison sous un format plus réduit (A5) et une couverture "fixe" avec comme identité visuelle la vignette créée pour la revue par l'ami Yves Barbier.

Les vingt premiers numéros ont été imprimés par l'Imprimerie Spéciale du Soleil Natal dirigée par le poète-éditeur Michel Héroult. La mort subite et prématurée de ce dernier, en septembre, 2012 a laissé la revue orpheline et désemparée. Le tirage du numéro 20 n'ayant été livré que pour moitié, il était impératif de trouver un nouvel imprimeur. La question se posa néanmoins de la cessation de parution.
Primitivement tournée presque exclusivement vers la poésie contemporaine, la revue s'est, au fil des livraisons, ouverte à la prose (nouvelles, textes courts, textes analytiques) Aujourd'hui un équilibre entre ces divers types d'écriture est recherché lors de l'élaboration de chaque numéro. Par ailleurs A L'Index travaille avec des dessinateurs et l'illustrateurs.

Si la revue se présente sous une forme le plus souvent anthologique, avec des rubriques récurrentes, elle consacre aussi à intervalles réguliers des numéros à un auteur qu'elle choisit. Ces numéros sont dits : "Empreintes". Depuis 2015 la revue publie également (hors abonnement) et au rythme d'un titre par an, des ouvrages de poésie en bilingue. La collection s'intitule : "Le Tire-langue". Y ont été publiés à ce jour le poète kosovar Ali Podrimja, le poète turc Özdemir Ince et la poétesse italienne Chiara de Luca. Y est programmé le poète espagnol Miguel Casado.
 A côté de cette collection, d'autres existent : "Pour mémoire" où nous avons republié en partenariat avec les éditions Levée d'encre en 2015 "La légende du demi-siècle" d'André Laude et en 2016 "Le rêve effacé" récit de l'écrivain voyageur Jean-Claude Bourlès ainsi que la collection "Les Cahiers" où, sous la direction de Jean-Marc Couvé, est paru un "Pour Soupault" en 2014.

Tous ces titres sont vendus hors abonnement.

Pour l'avenir une collection de poésie contemporaine est envisagée. Son nom "Les Nocturnes" sa spécificité : les ouvrages qui la composeraient, seraient écrits à quatre mains.
2017 verra la sortie  du premier titres de la collection : "Plaquettes" qui comme son nom l'indique se présentera de petits ensembles de poèmes ou de proses à un prix modique : 7€ port compris. Avec l'espoir de donner envie de lire des auteurs contemporains.  


La revue A L'Index et les collections satellites, ne bénéficient d'aucune aide et se diffusent par abonnement ou achat au numéro, Notre seule publicité : le bouche à oreille des lecteurs et la fidélité de ceux qui nous connaissent et nous lisent.



Les textes lui étant soumis le sont uniquement par voie informatique (revue.alindex@free.fr)

Ce numéro 32 paraîtra en janvier 2017 .


Format 21X15 - env 190 pages intérieures - 
(tirage 100 exemplaires)
prix public 17 € (port compris)

Abonnement 2 numéros 26 €

adresse: 
Revue A L'INDEX
Jean-Claude TARDIF
11, rue de Stade 
76133 Epouville
revue.alindex@free.fr








TABLE DES MATIÈRES

Au doigt & à l’œil par Jean-Claude Tardif
Trois Inédits de Jean-Pierre Chérès
Le Météore & le Jasmin -Essai sur la Poésie- de Luis Porquet
Khi (poème) de Paola Bonetti

Traduction : Laurence Fosse, Dominique Masson et Gérard Trougnou
Ardoises (poèmes) de Michaël Gluck
Fugue de lieu (poème) de Marie-Claude San Juan
Quatre poèmes de Laurent Nuchy
Castiglione (texte court) de Luc Demarchi


Jeu de Paumes - Petite anthologie portative -
Sahar Ararat - Patrick Beaucamps - Éric Chassefière - Guy Girard - Hubert Le Boisselier - Gérard Le Gouic - Philippe Martinez - Roland Nadaus - Claude Serreau – Claude Vancour

L'accident – de mémoire de hérisson - (nouvelle) de Jean-Claude Tardif
Deux poèmes inédits de Françoise Canter
Une voix grecque : Nikos Bélias
traduction d'Alexandre Zotos
En attendant l'aurore - Notes éparses - de Philippe Beurel
L'ho sentito implorare con durezza (poème) de Ferruccio Brugnaro 
traduction de Jean-Luc Lamouille
La Jeune Parque de Paul Valéry : pour soulever le voile…
- texte - par Antoine Houlou-Garcia
Archéologie d’une pierre (extrait) de Raymond Farina
Cuba Libre (texte) de Henri Cachau
Ik waccht op de trein/ J'attends le train de Michel Westrade
Poèmes inédits de Luis Benitez
traduction de Cecilia Cecchi
Hôtel Artaud all’alba (poème) de Ettore Fobo
Version française de Daniel Dragomirescu & Jean-Claude Tardif
Quatre petites proses de Rabiaa Marhouch
Tercets au goût de Haïku de Marie Laugerie
Vengeance de bonne femme & Autres de Florentine Rey
Deux poèmes de Parviz Khazraï
Que se passe-t-il ? (prose) de Raymond Delattre
Château-branlant (poèmes) de Gianmarco Pinciroli
Traduit de l’italien par Raymond Farina
Là-bas, en bas, tout en bas (nouvelle) de Christian Jordy

Montrés du doigt par Jean Chatard et Gérard Paris




Gianmarco Pinciroli Gianmarco Pinciroli a été professeur de philosophie et d’histoire au Lycée C. Ferraris de Varèse. Poète et essayiste, Il a collaboré à de nombreuses revues de littérature, musique et cinéma. Auteur des ouvrages Comunicazione et segnità (Thélème, Turin, 2002) et Solitudine e scrittura (Ibis, 2013),  il est actuellement rédacteur de la revue “Paideutika”.


 On en parle

À l’index N°32 (2016)
Comme toujours avec cette revue, c’est, en ouverture, le solide éditorial de quatre pages qui donne l’impulsion. Les propos de Jean-Claude Tardif sont tellement pertinents qu’il faudrait les citer intégralement. Les textes qui suivent cette mise en bouche se placent tout à fait dans le mouvement initié. On y trouve des suites de poèmes (Michaël Glück, Eric Chassefière, Roland Nadaus,…) ou des poèmes isolés (Gérard Le Gouic, Hubert Le Boisselier, Jean-Pierre Chérès,…), tous de bonne tenue. Le domaine étranger n’est pas oublié avec Françoise Canter pour les Etats-Unis, Nikos Belias pour la Grèce, Luis Benitez pour l’Argentine et surtout quatre poètes pour l’Italie : Ferruccio Brugnaro, Ettore Fobo, Paola Bonetti et Gianmarco Pinciroli. On trouve aussi dans ce numéro des approches théoriques comme le très agréable « essai sur la poésie » de Luis Porquet ou l’étude sur la Jeune Parque de Paul Valéry par Antoine Houlou-Garcia. En alternant habilement poèmes, nouvelles, essais et notes de lecture, Jean-Claude Tardif a construit un superbe numéro à la fois cohérent et diversifié. Quelques notes de lecture viennent clore cette épaisse livraison de A l’index, revue indépendante qui suit courageusement son chemin « sans la moindre subvention », ce qui est plus que méritant par les temps qui courent.

À l’index N°32 (2016), 196 pages, 17 euros – 11, rue du Stade- 76133 Epouville ou revue.alindex@free.fr





  • À L'INDEX - espace d'écrits - n°32 - Collectif -

    J'aimerai vous faire partager ma dernière découverte : une revue qui fait la part belle aux auteurs contemporains : A l'index - espace d'écrits. Elle nous propose essentiellement de la poésie (36 auteurs se partagent ses 192 pages), mais pas que. Vous y trouverez également des nouvelles, des articles - lisez La Jeune Parque de Paul Valéry d'Antoine Houlou-Garcia - et des notes de lecture sur une sélection de recueils publiés récemment. Et tout cela dans une édition soignée au format "livre".
    Je ne pourrais tout détailler, alors de façon très arbitraire, je vais m'attacher à mettre en lumière ce qui m'a séduite : 
    - la présence d'auteurs étrangers (italiens, anglais, grecs, ...) dont les poèmes sont présentés dans leurs langues originelles accompagnés de leurs traductions. Ce San Geronimo translates deFrançoise Canter - Saint Jérôme, patron des traducteurs - comme une mise en abîme, un hommage à tous ces passeurs de sens...
    - cette promesse tenue, d'horizons partagés. Voyager au creux des mots, en suivre les contours et s'ouvrir à d'autres territoires... Et pour ceux dont nos pieds ont déjà foulés les sols, se retrouver en quelques instants auprès de leur auteur : En attendant l'aurore, apprécier la beauté de ces notes éparses, de Philippe Beurel :
    Vallée de la Vilaine. Un reste d'or dans le ciel et voila les nénuphars, ornements immobiles des canaux, nimbés d'une dernière lumière. L'ombre a gagné chaque recoins du jardin, devenu muet. A l'orée de la forêt montent le dernier chant d'oiseau et bientôt  le silence que viendront rompre, ici et là, les aboiements des chiens, vigie des hameaux. Comme tombe le soir sur la campagne, tombe le soir sur la vie d'un homme.
    À L'INDEX - espace d'écrits - n°32 - Collectif -Florentine Rey, qui a été une réelle découverte pour moi. 
    Il y a quelque chose de léger et à la fois d'incisif dans son écriture qui tranche, coupe et vous rappelle à une réalité qu'on aimerait bien souvent oublier la guerre ne se guérit pas. Et ce si beau si vieille ! qui vient se cogner, comme en écho, au Là-bas, en bas, tout en bas deChristian Jordy :
    Comme je ne souhaite pas finir là-bas, je préfère encore en terminer ici, en bas, tout en bas, devant vous. Il se trouvera bien quelqu'un pour venir me détacher...
    - le plaisir de retrouver Gérard Le Gouic, avec Ce poème inédit,emplit de gravité et de malice...
    - et tous les poètes qui ont contribué à ce numéro et que je ne peux malheureusement tous citer. J'espère vous avoir donné l'envie de les découvrir. Sans doute, vous arrêterez vous sur d'autres mots, d'autres histoires, d'autres faiseurs de sens que ceux que je viens de citer...
    Et pour finir, je voudrais vous parler de cette belle introduction de Jean-Claude Tardif - poète et créateur de la revue - qui s'ouvre sur une nostalgie touchante mêlée d'une détermination et d'une lucidité qui force le respect : Écrire et a fortiori publier de la poésie aujourd'hui, c'est souvent faire acte de résistance. Et que dire de ceux qui osent en lire ?
    J'aime l'idée que la langue et une partie de la littérature qu'elle contient, qu'elle héberge, ont des allures de marchandises de contrebande. Trésors passés sous le manteau et par des chemins détournés. Drailles, sentes tracées par quelques uns aux profits de lecteurs-voyageurs curieux - il n'est pas interdit de les souhaiter nombreux - ou pour des vagabonds, hoboes du livre à petit tirage. Le lecteur de poésie et a fortiori des revues fait partie, à n'en pas douter, de cette confrérie de crèvent-la-ligne. Et je ne peux que souhaiter que certains de ses membres trouvent de quoi se nourrir, ne serait-ce que sur le pouce, entre les pages de À L'INDEX.

    À tous les crèvent-la ligne, je ne dirais qu'une seule chose : ne passez pas à côté de cette si belle revue !

21/01/2017


« NE PLUS RIEN DIRE QUE L’ESSENTIEL… », A L’INDEX NUMÉRO 32…

INDEX 32.jpg« Ne plus rien dire / que l’essentiel
   Ne plus rien faire / que l’éphémère »
              Jean-Pierre Chérès, Silex (A L’Index 32)
De nouveau, relisez le texte de Jean-Pierre Chérès en quatrième de couverture. Autre fragment que j’en retire... «  Se perdre dans les gens pour se retrouver dans le sens… ».
De nouveau, regardez la vignette de couverture : c’est aussi cela la poésie, cette répétition du regard sur l’essentiel du sens.
Ce numéro 32 est essentiellement constitué de poèmes. L’introduction de Jean-Claude Tardif met l’accent sur la liberté, dans le refus de toute compromission, pour une poésie qui se veut être toujours ce qu’elle fut, « le parler premier des hommes ». Il met aussi l’accent sur le rapport « singulier » du lecteur au livre. Singulier, donc, aussi, hors des règles commerciales des circuits soumis à des normes.
De Jean-Pierre Chérès on retrouve trois poèmes inédits, denses et forts : Silex, Strates, Rages. Le silex, pour un retrait dans le silence froid de la pierre, pour « Ne plus rien dire / que l’essentiel »… Les « strates de la mémoire » pour une archéologie intime. Et les rages, pour une mémoire de perte. Peut-être. 
Suit un texte de Luis Porquet, que j’ai apprécié particulièrement, au point de symboliquement pourvoir le co-signer. Un « essai » qui me semble correspondre à une conception très haute de la poésie. Ses premières références, dans « L’Éclat fuyant du météore » répondent à cette exigence : Héraclite, René Char, Daniel Pons, Suzuki, Octavio Paz… Et les fragments qu’il cite ensuite, pour « L’Offrande céleste du jasmin », sont là pour soutenir un ancrage de cette sorte d’écriture : l’Espagne est pour lui le pays où s’écrit le mieux une poésie essentielle : « L’écrivain ibérique s’inscrit dans la chair palpitante du monde. Son langage est l’ennemi des pirouettes abstraites et de l’esbroufe intellectuelle. » (…) « Le poète hispanique est vêtu de son âme ». Poésie essentielle au sens fort : nécessaire et traitant de l’essence de l’être, une poésie où la mystique s’écrit, en lien avec une conscience cosmique. « Hispanique », c’est l’Espagne, mais aussi la langue, avec la poésie de Luis Mizon et le chant de Paco Ibañez. Mais citer Lorca, Alberti, Jimenez, Hernandez, Bergamin, Gamoneda, n’empêche pas de puiser des références clés chez Novalis, ou d’avoir Jean Grenier comme maître à penser (un des…). Universalisme de celui pour qui le zen paraît être un centre repère, et le yoga de l’art, une clé de la création. Parce que le « duende » de Lorca, qui ici serait figuré par le jasmin et l’ancrage charnel du poète espagnol (sans être nommé), le duende est connexion cosmique.  Comme Bergamin, Luis Porquet refuse « le procédé, le truc », ces « falsifications », pour chercher ce qui transmet la part de « lumière » (ou plus que la part). 
Et justement, dans les textes qui suivent, ne cherchez pas de procédés artificiels. Ni dans « Ardoises » de Michaël Glück - un de mes auteurs lu et relu depuis longtemps, lui qui disperse ses textes dans des micro-éditions, créatrices de poèmes sculptés parfois (j’ai ainsi de lui une pierre gravée, un bois cachant un texte, un parchemin long… et des petits carrés de « pré#carré », etc.). Poème, « Ardoises », où l’on sent une sourde colère, pour affirmer que les mots convoquent le réel et que le réel, même d’horreur, doit être dit dans « un poème sans fin », qui est en lui, avant même l’écriture… 
Proximité de mémoire entre Michaël Glück et Laurent Nuchy, je le sais et je le lis : « Hillel et Myriam répondirent… / Suis-je allé jadis à ma rencontre? » (Le Golem,).
Entre eux (merci pour ce choix), mon long poème « Fugue de lieu ». Mémoire(s), aussi, et démarche posée sous forme de questionnement, pour relier deux axes : « Faire silence, en mystique sans dieu ni dieux, ou se faire bruyant prophète de paix? Être le démiurge caché d’un monde miroir, changer l’eau sombre? ».
Et, juste après, une nouvelle de Luc Demarchi, « Castiglione », où (décidément, c’est un thème récurrent dans ce numéro, mémoire…) l’auteur raconte un souvenir d’enfance, vacances dans une étrange maison sans eau ni électricité, devant une plage et une mer où serait enfouie une ville d’autrefois. Comme le sont, dans la mer de la mémoire, les souvenirs qu’on déchiffre et un réel disparu. 
Échos, encore, d’un texte à un autre. Au « Silex » de Jean-Pierre Chérès répond « Archéologie d’une pierre » de Raymond Farina : métamorphoses de la pierre, arme ou galet de douceur, ou sculpture créatrice de beauté… Autres échos, les pierres de Roland Nadaus… 
A la maison enfuie (dans le passé) de Luc Demarchi répond celle que quitte le personnage de Jean-Claude Tardif dans « L’accident », en laissant une feuille vierge, sans message, pour aller (accident ou suicide?) se détruire (mourir?) en voiture. Etrange récit, dont l’étrangeté même fait la profondeur du personnage au sujet duquel on se demande ce qu’il fut et ce qui l’a mené à cet instant. On tente une interprétation, et elle se détache, comme la première poupée russe qui en cache une autre et une autre, la dernière se brisant en éclats de sens possibles. A-t-on compris? Pas sûr, et tant mieux. 
Antoine Houlon-Garcia, lui, cherche dans un bref essai fouillé sur La Jeune Parque, « de quelle Ariane Valéry nous fait le récit »… Ariane mythologique ou femme ouvrant un pan autobiographique… 
Beaucoup de traductions, dans ce numéro. Textes, poèmes, issus de plusieurs langues… Ne pouvant tout relever je choisis de citer des vers de Luis Benitez. Pour déclencher l’envie de lecture de ses poèmes, et des autres… 
« Permets à ton ombre ou à la nuit d’humecter tes paupières , / Ainsi n’entrera pas en toi / le feu et l’avenir ne t’effleurera point. »
(…)
« Les spectres que je fus épient derrière les mots / le mouvement de la vie, plus torrentielle que le temps, / car je fus spectre et spectres sont les choses / et les hommes. »
(…)
« Il est inutile que je dédie / à ceux qui m’écoutent / une vérité : ils en feront des miettes. / De leurs miettes naîtra Lao-Tseu. »
(…)
« Ce soir et une partie de la nuit / je suis retourné m’immerger dans la mer épaisse / où nous flottons, êtres et choses. » (…) « Je n’ai pas vu de berge. Tout est mer. / Ceux qui craignent la berge / ne savent pas qu’ils cheminent dans la mer. »
(…)
«… le brillant de l’humble couleur a réuni en mots / le visage de ce qui a été vu »
(…)
« Pour moi, la certitude est le brillant chemin de son jamais. »
………………..
Pour lecture…
MC San Juan
Revue déposée librairie Compagnie, Paris… http://www.librairie-compagnie.fr