samedi 7 février 2015

A L'INDEX n°28

Ce numéro 28 est paru en 10 MARS 2015.
21X15 - 136 pages intérieures -
 (tirage 130 exemplaires)

TABLE DES MATIÈRES

Au doigt & à l’œil par Jean- Claude Tardif
Dossier : Une amitié - Anne Sexton/Sylvia Plath
- traduction Christine Rimoldy -
portrait d'Anne Sexton par Jacques Basse
Le pilier de bar devrait chanter par Anne Sexton
portrait de Sylvia Plath par Jacques Basse
La Mort de Sylvia – poème - d'Anne Sexton

Elle se mit à exhumer amoureusement 
& autres textes de Frédéric Miquel
Mars Attack – poème – de Guy Girard
La page blanche de Rabiaa Marhouch

Jeu de Paumes - Petite anthologie portative -
François Cani - Éric Chassefière – André Duprat - François Ibanez – Michel Lamart - Nora Thermes

Parole donnée à François Sannier

Visages, Nuages, Mirages. Jean Chatard/ Claudine Goux

Une et toutes douleurs – poème – par Marie-Claude San Juan
Bonjour Monsieur Boulanger 
Sans levain surtout suivi de De Maronne à Bargetal par Olivier Cousin
Marelle -séquence - de Jean-Claude Tardif

Essais d’autobiographie suivi de Écrire le matin de Claire Dumay
Le microscope & autres poèmes de Françoise Canter
Prémonitoires – poèmes – de Anne-Marie Marcelli
Nos paysages (& autres poèmes) par Anne Marie Bruch
Bracciante, raccoglitore di stracci de Ferruccio Brugnaro
traduction Jean-Luc.Lamouille -

Entre lyrisme et modernité :  
les figures de l’«albanité» dans la poésie d’Ali Podrimja par Alexandre Zotos

Sur l'arête du vide (à Nicolas de Staël) par Isabelle Rebreyend
La part des ombres de Claire Lajus

Montrés du doigt par Jean Chatard – Gérard Paris

Quelques numéros disponibles 15€



revue.alindex@free.fr




Quelques réactions des participants et de lecteurs


 On en parle

Un texte d’Anne Sexton, poète américaine, qui raconte ses liens avec Sylvia Plath, lorsqu’elles se fréquentèrent à Boston, vers 1958, (autour de cours délivrés par Robert Lowell qui les influença toutes deux), leur même fascination pour la mort et le suicide. Et deux poèmes, écrits après la mort de Sylvia Plath en 1963. Le premier un an après intitulé : « Vouloir mourir » : …Les suicidés ont un langage particulier. / Comme les charpentiers ils veulent savoir quels outils. / Ils ne demandent jamais pourquoi construire. Le second, dans l’émotion de l’événement : avec ta bouche enfoncée dans le drap / dans la poutre du toit, dans la prière muette,... Anne Sexton se suicida à son tour en 1974.
Une suite de quatrains illustrés par Claudine Goux : « Visages, nuages, mirages » : Il écrit pour survivre et signe Jean Chatard. Lequel sait parfaitement en quatre alexandrins, rimes alternées, ouvrir une perspective poétique et la clore aussitôt, comme un haïku, rond ou carré. On peut croire au bonheur, ce tournevis de l’âge…
Une étude enfin par son traducteur Alexandre Zotos sur « Les figures de l’albanité dans la poésie d’Ali Podrimja », à propos du recueil « Le pays défait de ma naissance » (n° À l’index Hors série), dont je parle dans le n° 165 de Décharge et qu’Alain Kewes critique à son tour dans le prochain 166.

Puissante œuvre poétique que celle d’Anne Sexton





(née en 1928 dans le Massachusetts, morte en 1974, suicidée), fascinante même dans cette obsession suicidaire (qu’elle partage avec Sylvia Plath, poète immense aussi, née en 1932, morte en 1963, par un suicide que toute son œuvre  semble annoncer). Amitié qui constitue le dossierd’ouverture de la revue. Ce qu’Anne Sexton écrit sur (et à) Sylvia Plath est bouleversant, intime, riche autant pour ce partage fraternel d’émotion que pour tout ce qui est dit du processus d’écriture, entrelacé dans le même partage. Puissante écriture, tant pour les textes d’analyse de soi (par quelqu’un qui a vécu la démarche analytique) que pour les poèmes. On la connaît peu, d’où la nécessité d’un tel dossier. Je ne sais pas pourquoi elle a été plus négligée, en France, que Sylvia Plath. J’ai aimé le portrait queJacques Basse fait des deux auteurs (non, moi je ne mets pas le « e » d’un féminin formel, qui, à mon avis, est un contresens linguistique). Jacques Basse, je l’avais découvert par hasard, avant de lire A L’Index, en cherchant un texte de René-Jean Clot, et le nom m’avait mené à son site, et au portrait du peintre-écrivain (qui m’est cher, très cher), et depuis c’est lui que je cherche aussi, pour ce regard sur des visages marqués par l’écriture. Traits noirs, mais pas tristes, ici. C’est la vitalité qu’il a voulu montrer, pas le désespoir sourd. Dépressives, Anne Sexton et Sylvia Plath, le sont donc au point d’en mourir, de « vouloir mourir » (comme l’affirme en titre le poème de la page 11, d’Anne Sexton, ou page 17 celui sur « La Mort de Sylvia »). Mais leur lecture donne de la joie, par la profondeur du cri intérieur, par la maîtrise lucide, malgré tout, du langage pour saisir ce qui est en jeu,  même quand, comme moi, on se sent complètement étranger à ce genre de triste déchirement intérieur. Mais sans doute en nous tous y a-t-il un écho de tels questionnements. Camus l’a dit, la question du suicide est le sujet philosophique central, et moral, c’est pourquoi ces poètes parlent de nos vies. Et la différence avec elles, avec elle, c’est qu’elles savent, elle sait, quel est le gouffre qui  attire. Nous, consciemment, non, mais qui sait ce qui est mortifère dans nos rapports aux émotions, au corps, au monde. Parfois nous frôlons la mise en danger de soi, par une fuite apparente des parts sombres, et l’inconscient est là.
Magnifique texte, que celui de Frédéric Miquel, dès le début : « Un verre à la main, une bouteille de vodka dans l’autre, elle se mit à exhumer amoureusement les souvenirs enfouis au plus profond de la terre séchée de sa mémoire... ». Il parle d’un « corps solaire » mais c’est l’être entier qui est solaire dans ce portrait d’un « physique éblouissant de beauté ». Texte amoureux. C’est la juste approche, pour lire et relire : que ce soit amoureux. Voilà un critère pour apprécier une œuvre : produit-elle en nous un tel élan (comment, peu importe, mais d'une impulsion violente, de manière inconditionnelle et dans la distance de la gratuité) vers l’être qui a tracé ces mots-là? Anne Sexton y réussit. (Tous ceux qui ont écrit ou dessiné pour ce dossier l’expriment diversement).
Echo des ombres, êtres perdus dans l’immense et dans l’angoisse, le beau poème de Guy Girard (2011). Je retiens ici un fragment, particulièrement : « dansante évidence de la lumière éclairant de son ombre / ce grain de poussière  dans le jeu de quilles du présent. »
Rabiaa Marhouch dit son admiration pour les poèmes d’Anne Sexton, comme dans une sorte de terreur : « Ta poésie me terrasse ». « Ma page blanche » : je le vois, ce texte,  comme un poème en prose. Elle y parle de la lecture de cette œuvre accomplie, achevée, d’Anne Sexton, qui peut être contemplée dans un ciel de splendeur et qui écrase par sa magnificence, quand on admire. Un début, une fin, finalité qui peut paraître trop loin, inatteignable. Je peux comprendre, et l’angoisse et l’élan que le texte sait traduire avec force : « Ma poésie est à délivrer de ta Poésie. »... Au début, cependant, elle écrivait : « Je suis une immensité qui se méconnaît. ». Oui...
Mais aucune de mes grandes admirations ne m’a jamais fait ressentir cela, même adolescente. Très jeune je savais (et je l’avais décidé, je m’en souviens, à douze ans exactement : j’ai même le souvenir d’un instant précis, à l’ombre d’une entrée de patio, cristallisation des pensées de beaucoup de moments et de jours...). Je savais que le temps serait mon espace d’écriture, des décennies de travail devant moi quand d’autres avaient des décennies de travail derrière eux. De plus, Rimbaud démontrait que l’inverse est possible, l’intense concentre le temps et tout peut être transcendé. La preuve... Enfin, pourquoi craindre le temps si l’on ne rêve pas d’une accumulation de livres remplissant une bibliothèque, mais plutôt de l’ouvrage essentiel, qui serait le produit de la déchirure d’infinis brouillons,  alchimie de soi autant que des mots tracés. L’importance de la création ce n’est pas le poids. Je n’ai pas un rapport quantitatif avec la mesure d’une œuvre. Et ne m’intéresse, pour moi et les autres (écriture, ici, lecture, là), que ce que signifie (et crée) cette lente métamorphose que l’écriture ne fait pas que traduire mais bien plus produit. Les mots comme un feu qui brûle l’inessentiel et fait sourdre de notre ombre des scories qui ne sont pas des déchets mais gardent en eux une densité volcanique faite de son contraire, et, en eux, aussi, ces vacuoles d’espace cosmique. Le creux de soi, centre libre, n’est pas que racines. Ce que je veux dire par cosmique, c’est justement ce qui empêche l’admiration de se muer en peur de ne pouvoir atteindre cela qui est écrit par quelqu’un d’autre.  Tous peuvent être sculpteurs d’eux-mêmes, donc de leur œuvre. A condition de... Affaire de travail, de lecture, et de conscience. De perception de cet espace immense autant interne qu’externe. Et de ce sens présent partout, qu’il faut juste déchiffrer. Est-ce orgueil ? Non. L’humilité, je la mets plutôt dans un goût pour la longue patience, très longue patience... Et pourquoi pas ? Regards et regard...
Donc, poèmes d’Anne Sexton, dans ce numéro. Citations. « Vouloir mourir » (texte pp.11-12) :
« Puisque vous demandez, la plupart du temps je ne me souviens pas. / Je marche dans mes vêtements sans porter la marque de ce voyage. / Puis ce désir viscéral presque innommable revient. »
Et
« La Mort de Sylvia » (pp.17-19)
« Sylvia, Sylvia, / où es-tu allée / après m’avoir écrit / du Devonshire (...) ? » (...) « à quoi as-tu été fidèle, / comment, au juste, t’es-tu allongée dedans ? »
(...)
« cette mort que nous disions avoir toutes deux dépassée, / celle que nous portions sur nos poitrines maigres »
Cette mort l’attriste, mais lui donne le désir « d’y goûter, comme à du sel. »... Elle le fera, plus tard. Ses textes disent qu’elle ne sait toujours pas de quelle plaie vient encore ce désir de mourir qu’elle croyait avoir vaincu. « Innommable » désir, sans mémoire pour pouvoir le cerner. Innommable, car il est le désastre du défi lancé à l’écriture. Si les mots d’Anne Sexton avaient pu saisir totalement l’attrait de la mort, cet attrait aurait-il été englouti dans le travail de mise à la conscience par l’écriture ? Ou, au contraire, si l’enjeu avait juste un peu déplacé le regard ? L’influence de Robert Lowell n’a-t-elle pas été un frein, malgré ce qu’elle en dit, admirative et reconnaissante ? Dans un texte elle écrit « Après tout, le suicide est le contraire du poème » (« Le pilier de bar devait chanter », pp.7-11, citation, p.10). Et elle ajoute qu’avec Sylvia elles discutaient « souvent de contraires ». C’est comme si, là, on était au bord d’une frontière qui aurait pu être traversée dans un sens ou tout à fait dans l’autre sens. Même si, bien sûr, on ne peut rien dire sur le mystère des bascules dans la dépression, ni, dans le fond, pas beaucoup plus sur ce que l’écriture arrive à vaincre chez autrui...
Ce dossier seul justifie la parution du numéro, qu’il emplit déjà, jusqu’à la page 26 (seulement ?) : qu’il emplit de sens.
Mais d’autres textes suivent...
Poèmes de la « Petite anthologie portative ». Plusieurs auteurs. Je relève un nom, pour les textes que je préfère : Nora Thermes, d’évidence. Découverte d’une écriture, où je sens un souffle, une pensée qui sous-tend la poésie (pp. 36-38). Une démarche qui engage tout l’être. C’est une écriture...  On reste à hauteur du dossier...  Citer, c’est parfois trahir un peu, quand tout est lié (comme pour le texte de Rabiaa  Marhouch...). Mais commenter sans citer, non.
Donc... Nora Thermes :  « S’enorgueillir alors de n’être jamais qu’à soi / Et ne se dicter comme quête relationnelle / (Pour ne point effleurer l’affect, / Et sanctifier l’angoisse) / Que la triomphante obtention / Des ombres des corps les moins lumineux » (...) ///   « Et tisser sans transparence des liens furtifs / Fugaces, pour ne point plonger / Ne point goûter la douce douleur salée / Des abîmes d’impudiques » 
Pages 49 à 64, jeu entre écriture et dessins, Jean Chatard etClaudine Goux. Humour et poésie. C’est original (« Visages, Nuages, Mirages »).
Pages 65 à 69, mon texte, poème, vers libres et prose. « Une et toutes douleurs ». Exergues (bien sûr...) : Anna Akhmatova,Monique Rosenberg, Lyonel Trouillot, Geneviève Clancy. Je ne peux que tisser lecture et écriture. Je ne citerai qu’un fragment, tout au début. Il donne une des clés, en posant une question : « Le lieu est-il l’exil de la pensée ? ». Exils, conscience : méditation... La traversée des frontières est au centre de mon identité, de tous mes questionnements. Pluriel interne, valises « arrachées », et chiffre de l'éthique nomade. Regard autre. Je signe d'un S, mémoire du soleil-signature de Jean Sénac, et de l'initiale en commun, S solaire, oui, et S des pluriels, qui ouvre le multiple en soi et dehors (MC San Juan...).
Page 77, poème, « Marelle », de Jean-Claude Tardif. Evidemment le jeu n’est qu’un prétexte, pour cartographier bien plus que les pas sautillants d’enfants... J’aime beaucoup. On entre plus facilement dans un univers quand on a lu des recueils, des pages diverses de l’auteur. Dans un poème on ouvre alors un monde. On peut se tromper et inventer un sens qui n’est pas celui que l’auteur voulait nous faire lire. Mais le lecteur crée aussi le texte qui inscrit plus que le poète croyait dire (et il le sait).
Donc... « Sur le chemin de la marelle / L’éclat calcaire / Limite au bonheur »  Pourquoi limite ? Parce que cela casse la symétrie plane ? Parce que cela alourdit et ramène au sol vers l’éclat (trop poudreux ?) « L’enfant solaire » ? Ferme son espace ?  Mais quand même l’élan qui élève. « Agir »... « Lancer la pierre / Contraindre l’espace ». Non, décidément, ce n’est plus seulement le jeu d’enfance, le rêve dans la lumière. J’y vois le symbole de nos vies, tous au départ « enfants solaires », à sauter « Sur la nuit et les jours », « Blancs et noirs » du jeu,  à devoir trouver la route entre les « droites » quand un instant peut faire dévier, et arriver, au bout du compte, à être capable de dévier exprès des chemins fixés, sans angoisse. Le but, la fin, dans le texte, c’est aller  « Jusqu’à l’asymétrie ». Parce que l’espace libre échappera aux traits normatifs, que la vie fera entrer du désordre dans nos jours et nos années, et nous forcera à sortir des repères anxieux, obsessionnels, des normes et des cadres. Mais il y a un mot, « lutte », qui marque l’effort de l’enfant dans son jeu (pour suivre ce qui est droit), et, peut-être, la lutte de l’adulte, au contraire (pour fuir ce qui est trop droit...). Asymétrie vivante, l’art... 
Les pages qui suivent sont de Claire Dumay. Feuilletant la revue sans regarder le sommaire pour trouver les pages, au départ, j’ai lu la dernière phrase d’un de ses deux textes (pp.78 à 85), et j’ai immédiatement reconnu le style, signe qu’il est très personnel. Un style...  « Essai d’autobiographie », voilà qui soutient ma lecture du poème de Jean-Claude Tardif... La même chose est dite (sans le savoir, en voulant dire le contraire, en regrettant ce contraire...). Elle explique son impossibilité à inscrire un quelconque projet autobiographique qui ressemblerait à ce qu’elle lit ailleurs. Elle croit devoir s’en désoler... Parce qu’elle perd les repères, ne sait plus où elle va, en est « ébranlée, bousculée ». Justement, c’est bien. C’est signe que l’écriture ne se ment pas, que le désordre de la vie est bien là (qui fait arriver où on ne va pas, et fort heureusement car autrement on n’aurait pas su le décider...). Bien sûr les visages du passé ne seront pas les visages du passé. Les bribes captées deviendront autre chose. Et « tourner autour » c’est cela qui est intéressant, car autour on prend le juste recul, alors que dedans on serait enfoui dans les identifications faussaires. « Tourner autour » obligerait-il vraiment au « recyclage d’une gestation unique » que même cela serait une perspective d’écriture. Une page qui devient cent, car elle a autant de significations que de tentatives d’écriture du même instant d’un être. « Impasse » ? « Inutile de dévider l’impasse », écrit-elle. Moi, justement, j’entre dans ce texte qui se dit impasse avec un plaisir de lecture où je trouve matière à comprendre, à interroger. Les histoires tranquillement déroulées ne m’intéressent pas, mais cette hésitation de l’écriture, oui. Car le basculement est en train de se jouer. On approche l’asymétrie que visait le poème Marelle... Parce que le doute l’installe. Aux orties le moment où Pascal « marchait solitaire sur la grève » : c’est juste une clé, le saut de la marelle, avant ce trou du silence où autre chose émerge. Et que ces doutes sont bien écrits... !
Claire Dumay, encore, « Ecrire le matin ». Là aussi j’aime beaucoup. Amusée, aussi. Je remplacerais matin par nuit et je reconnaîtrais  la plupart des signes. Le matin, pour moi, serait celui des nuits blanches (alors je peux voir l’aube). Très beau texte sur l’écriture, celle qui vient sans qu’on la cherche, comme d’une étrangère. Lieux et rythme d’un monde très féminin. Solitude de l’écriture dans les moments où l’espace se libère. Rangements... ou ménage qui va marquer des pauses cérébrales, gestes dont on ne sait s’ils produisent, causent, ce qui s’écrit, ou viennent de ce qui s’écrit. Boisson chaude qui donne de la douceur au corps. Toilette décalée pour ne pas stopper l’élan du flux qui passe par les doigts.Citations : « Je quitte le mémorial, les eaux sacrificielles, la crypte funéraire » (...) « L’exode des mots supplante la stagnation, le règne de l’immobilité. Moi qui suis un être d’attache, fidèle à mes demeures, m’affranchis malgré moi de ces contrées souterraines, de la claustration du confessionnal. » (...) «  J’entre en migration. Les lettres qui sont frappées sur le clavier ne sont plus traces, ni empreintes. »   
Poème... Anne-Marie Marcelli, pp. 90-95. « Prémonitoires ». Le silence, l’écriture, le corps, la peur (ou les peurs). Toujours, l’écriture est interrogée, questions entrelacées aux thèmes courants de la vie (le corps, les liens, les lieux, la matière). Je lis, et des fragments retiennent l’œil.  Ainsi :
« Je vis / Que les pierres / Même les pierres / Se froisseraient comme du papier / ... / Et nous sommes / Moins que pierre » (...) « Ecoutons / Les murmures étouffés / De la source du verbe / Qui tremblent dans nos os » (...) « Faisons la paix / Avec le temps / Silence / Prière ». Belle méditation sur la genèse de nos écritures... et ce qui s’installe quand on fait taire les mots. Une sagesse du silence ?
Des poèmes en prose de Marie-Anne Bruch je préfère « Toussaint », « Sable et cendre », « Cercles ». 
A noter, une étude (dense, riche) d’Alexandre Zotos, sur la poésie d’ Ali Podrimja.
Et des recensions.
A L’Index N°28, Table des matières (et, sur ce blog éditeur, numéros précédents et projets) :http://lelivreadire.blogspot.fr/2015/02/a-lindex-n28-en-cours.html
Autres numéros de la revue, ici : notes, blog Trames nomades, tags...
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Anne Sexton, site dédié : http://anne-sexton.blogspot.fr/

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Anne-Marie Marcelli : Née au Maroc, à Jerada, commune située à la frontière algérienne, derrière laquelle, son grand-père a assuré la direction de deux cinémas, A-M Marcelli est fille de pieds-noirs d’origine espagnole du côté maternel, corse par son père. La Corse du centre avec ses montagnes, ses torrents, ses forêts, constitue la source originelle de son univers poétique.
Elle écrit ses premiers poèmes à l’âge de neuf ans.
Après un baccalauréat littéraire, et deux années en classe préparatoire aux grandes écoles en lettres classiques, elle étudie la philosophie à l’Université de Bourgogne où elle obtient une maîtrise sur les pratiques magiques, puis un D.E.A. portant sur l’évolution des représentations de la mort chez les Bantous. Epouse de l’écrivain congolais Daniel Biyaoula, Grand Prix de la Littérature d’Afrique Noire 1997 avec « L’Impasse », elle assiste de façon active et quotidienne à la genèse de plusieurs romans, fréquente des romanciers d’Afrique centrale comme Alain Mabanckou, Jean Bofane, Marius Nguie…
Sans cesser de s’adonner à la poésie, et dans les premiers temps, inspirée par l’univers baudelairien, dont elle s’émancipera, elle enseigne la philosophie en Bourgogne, avant de déménager en région parisienne. Là, elle rejoint un public scolaire réputé difficile à Bobigny, qu’elle s’applique à faire aimer les textes poétiques, et dont elle tente de mobiliser la créativité dans des productions personnelles. Parallèlement, et de façon ponctuelle, elle intervient dans la lecture de manuscrits et en apportant un conseil littéraire pour les Editions Tanawa Convergence.
Dans le même temps, elle écrit un recueil de poèmes, « Si Noire Rivière » édité chez Menaibuc en 2008, ainsi qu’une trentaine de nouvelles, et six romans, dont un « Une mouche dans le champagne » édité aux Editions Dédicaces (Montréal) en 2010. Avec ce roman, elle sera présente au Salon du Livre de Paris 2010.
Récemment, A-M Marcelli a terminé deux romans, Le chanteur silencieux et La fille qui ne voulait pas pleurer (Roman à quatre mains).

Elle a également collaboré à l’écriture de trois scénarios en examen au CNC, avec le scénariste et réalisateur Léandre Alain Baker (L’Ivresse de la forêt, Solène, Jalila)







Anne Sexton, de son vrai nom Anne Gray Harvey, née le 9 novembre 1928 et décédée le 4 octobre 1974, est une écrivaine et poète américaine
Anne Sexton est née en 1928 à Norton, dans le Massachusetts, et a passé la majeure partie de son existence dans les environs de Boston. En 1945, elle intègre un pensionnat, la Rogers Hall School, à Lowell dans le Massachusetts. Elle se marie en 1948 avec Alfred Muller Sexton, connu sous le pseudonyme de « Kayo ». Ils auront ensemble, avant leur divorce au début des années 1970, deux enfants : Linda Gray Sexton, qui sera plus tard romancière, et Joyce Sexton.
Une grande partie de la vie de Anne Sexton sera tourmentée par la dépression. Sa première dépression nerveuse survient en 1954. Après un deuxième épisode dépressif en1955, elle rencontre le docteur Martin Orne à l'hôpital de Glenside, qui l'encourage à écrire de la poésie, ce qu'elle fait en s'inscrivant à son premier atelier de poésie, animé par le poète John Holmes. À la suite de ce travail en atelier d'écriture, les poèmes de Anne Sexton rencontrent un certain succès, puisqu'elle obtient des publications dans des revues prestigieuses aux États-Unis, tel le New Yorker, Harper's Magazine, et Saturday Review. Sa créativité poétique est encouragée par son mentor, W.D. Snodgrass, dont le poème Heart's Needle a inspiré Anne Sexton pour l'écriture du texte The Double Image, un poème particulièrement marquant sur les rapports entre mère et fille.
Dans le cadre de l'atelier de poésie de John Holmes, Anne Sexton rencontre la poétesse Maxine Kumin, de qui elle restera proche jusqu'à la fin de ses jours. Les deux femmes, qui ne cesseront de s'entraider dans leur travail littéraire respectif, écrivent ensemble quatre livres pour enfants.
Anne Sexton a en outre fréquenté un atelier de poésie en même temps que la poétesse Sylvia Plath, animé par le poète Robert Lowell. Plus tard, Anne Sexton dirigera elle-même des ateliers de poésie au Boston College, à l'Oberlin College, et à l'Université de Colgate.
Anne Sexton incarne la figure moderne du poète confessionnaliste. Elle a non seulement ouvert la voie pour les femmes poètes, mais elle a aussi, par son écriture, contribué à lever le voile sur les problèmes spécifiquement féminins. Ses écrits évoquent notamment l'avortement, les menstruations, la masturbation féminine et l'adultère, bien avant que ces sujets soient tolérés, acceptés ou banalisés. En cela, elle a bousculé et repoussé les frontières de la poésie.
Elle se suicide en 1974 en s'enfermant dans son garage et en s'asphyxiant avec le gaz d'échappement de sa voiture. Elle repose dans le cimetière de Forest Hills, dans les environs de Boston.
Le musicien britannique Peter Gabriel a écrit en 1986 une chanson dédiée à Anne Sexton, intitulée Mercy Street.
Les œuvres d'Anne Sexton n'ont, à ce jour, jamais été traduites pour publication en français.
  • To Bedlam and Part Way Back (1960)
  • All My Pretty Ones (1962)
  • Live or Die (1966) - Prix Pulitzer de la poésie en 1967
  • Love Poems (1969)
  • Transformations (1971)
  • The Book of Folly (1972)
  • The Death Notebooks (1974)
  • The Awful Rowing Towards God (1975, à titre posthume)
  • 45 Mercy Street (1976, à titre posthume)
  • Words for Dr. Y. (1978, à titre posthume)

mardi 11 novembre 2014

A L'INDEX n°27

Ce numéro est paru en novembre 2014.
21X15 - 151 pages intérieures -
 (tirage 120 exemplaires)



 Dernier numéro de l'année 2014, il clôt quinze années d'existence de la revue. Même si la fragilité est toujours là, cette aventure est belle et la fidélité de ceux qui la soutienne me fait chaud. Un merci particulier à C. (elle se reconnaîtra) qui, tout au long de ces années, m'a accompagné, aidé et soutenu (quand le moral n'y était pas) tant sur les rencontres du Livre à Dire (1997/2012) que sur la revue (depuis 1999). Merci également à Anne-Marie et Michelle (elles se reconnaîtront aussi)  pour leur soutien attentif et leur amitié.  Un remerciement tout particulier à Robert Dadillon pour sa gentillesse et son professionnalisme qui me permettent aujourd'hui de continuer. Enfin une pensée toute particulière pour l'ami Michel Héroult qui imprima les 20 premiers numéros avant de nous quitter pour l'envers du miroir. Sans oublier, bien sûr,les lecteurs, abonnés fidéles sans qui nous ne pourront continuer coûte que coûte.

TABLE DES MATIÈRES

Au Doigt & à l’œil par Jean-Claude Tardif................................5
Dossier autour d'Yves MARTIN
Le château de Barfly (texte d'Yves Martin)...............................8
Postface en forme de feuilleton
(en sept épisodes & un flash).....................................................18
Portrait d'Yves Martin par Jacques Basse................................26
Yves Martin : Qu’enjeu faisait bouillir… ma « parole »!
par Jean-Marc Couvé................................................................27
La Lettre par André Duprat......................................................31
Pour Yves Martin par Werner Lambersy..................................32
Avec Yves Martin par André Prodhomme................................34
Je multiplie les portes imprévues par Jean-Michel Robert.......38
Autour du Colporteur par Jean-Claude Tardif...........................41
L'école du zinc par François Vignes.........................................46
Parole donnée à : Jacques Nunes-Teodoro..............................52
Le chas de l'aiguille &... de Jean-Jacques Nuel......................66
Jeu de Paumes - Petite anthologie portative............................71
Alhama Garcia Aznar - Philippe Delouche - Emmanuel Golfin -
Florent Jakubowicz - Marie Laugery - Gérard Lemaire - Fabien
Marquet - Christophe Petit - Jeanpyer Poëls - Joseph Pommier
Un morceau d’Espagne suivi de Le bout de la jetée à Zurich
textes de Claire Sicard Dumay..................................................93
Toucher terre (poèmes) de Fabrice Farre................................100
La femme de B. (nouvelle) de Fabrice Marzuolo....................103
Une histoire sainte (poème) de Hervé Delabarre...................109
Voix d'Ailleurs - le poète argentin Luis Benitez...................112
(Traduction de Françoise Laly)
Le Bubon suivi de Le Couple de Florentine Rey...................124
La poésie turque contemporaine... par Claire Lajus............130
Montrés du doigt - notes & critiques -
par Jean Chatard - Michel Cossec - Jean-Marc Couvé............135

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Quelques réactions des participants et de lecteurs


Merci pour votre message. J'ai à présent lu le numéro 27 de la revue. J'ai beaucoup aimé La lettre, d'André Duprat, "Pour Yves Martin" par Werner Lambersy, "Autour du Colporteur", et "L'Ecole du zinc".  Une vraie qualité de présence et d'émotion dans ces témoignages/hommages, une pudeur et une mesure appréciables. La poésie de Nunes-Teodoro m'a touchée, ébranlée ; une écriture physique qui fait son lit dans le corps du lecteur. Enfin, les "Voix d'ailleurs" m'ont happée ; j'ai une mère espagnole, et j'ai pu apprécier les deux voix, dans les deux langues. C'est ce qui émerge pour le moment, mais je reprends souvent ces lectures dans un second temps, bien plus tard !

Merci encore pour la place que vous accordez aux plumes qui s'ébranlent à  peine, ou viennent d'être exhumées. 

Claire Sicard Dumay. 


Votre revue m'est bien parvenu ce jour. Merci. Oui, j'en ferai volontiers un compte-rendu, car elle est d'une grande qualité, une qualité dont j'ai pu me rendre compte à la lecture d'anciens numéros...
A bientôt. Bien à vous. - J. Ibanes

Dans ce dernier A l'€œindex€, je suis plus particulièrement retenu par les poèmes fort bien traduits de Luis Benitez, au point de regretter que vous ne les ayez pas fait précéder d'€™une notice informative sur ce poète. Et le plaisir également de retrouver le fantôme d'€™Yves Martin. Je l'€™ai surement croisé dans une salle de cinéma, il y a une trentaine d'€™années, mais est-ce un faux souvenir ou non ? J'avais à  l'é™poque découvert sa poésie par la revue Foldaan, que faisait alors Jacques Josse, et il me semble que la vôtre, en tout bien, tout honneur, en est proche...
Si vous passez de temps en temps à Paris, faites-moi signe ! - Guy Girard

Merci pour le n° 27 de la revue reçue ce jour.

Quel travail ! A première vue, ce numéro me parait dense et varié. Je vais le découvrir avec beaucoup de plaisir. Comme il en est question dans votre texte d'introduction, je me propose, avec votre accord, d'en parler autour de moi.Je pensais notamment à  2 librairies qui mettent en avant la poésie. La librairie Olympique (mais c'est peut-être déja fait, si vous êtes en relation avec Jean Paul Brussac), et la librairie La Machine à  Lire, à  Bordeaux. M Laugery




 On en parle


À l’index n° 27

publié le 3 février 2015 , par Jacmo dans Accueil> Revue du mois

 


Pour fêter ses quinze ans, la revue de Jean-Claude Tardif propose d’abord un hommage mérité à Yves Martin, décédé il y a seize ans. Avec deux textes d’Yves Martin, aussitôt caractéristiques de son écriture. Le premier, à propos du film « Barfly » …presque contre l’écran, à quelques mètres de la scène. J’ai toujours l’impression d’être à quai, face à la coque d’un navire… On est de suite embarqué à moitié dans l’histoire du film et à moitié dans l’imaginaire élastique, brinquebalant et merveilleux d’Yves Martin. Avec des images en veux-tu en voilà, et un style à l’emporte-pièce qui fait mouche. …des femmes en gifles et ragots, des poitrines aux veines tellement bleues qu’elles éclairent comme les sagaies de la TV les salons obscurs… Il y a un côté prestidigitateur de la langue chez Yves Martin, tout à fait sidérant. C’est du fil en aiguille, de l’analogie en cascade, et comme le note très justement Jean-Michel Robert dans sa contribution : une faculté d’assigner un rôle, une aventure, une « féerie catastrophique » à ce qui passe généralement pour quantité négligeable, pour léger détail. Second texte d’Yves Martin, justement consacré à l’œuvre alors commençante de Jean-Michel Robert La poésie de Robert est stridente, elle mâche Et quand il émet une restriction, ça vaut compliment :Certes, ça et là, Robert n’évite pas les big band surréalistes, on a déjà humé tels corons, plumé tels canaris. Des images slaloment aussi inévitables que les poursuites de voitures dans un polar… Ça a de la gueule, on prendrait bien des critiques dans la vue de cette hauteur-là tous les jours ! Viennent ensuite les contributeurs au dossier qui évoquent tous avec amitié et admiration le poète. Ils s’accordent sur sa carrure épaisse, laissant couler une petite voix, la déambulation et les bistrots, les prostituées et le cinéma, et la vingtaine de chats appelés par les noms de la bande d’amis et d’écrivains qui marchaient dans Paris avec lui. Jean-Marc Couvé : Yves, quasi vaincu par une saloperie de leucémie, s’appuyant sur moi-béquille : un honneur ! Une lettre d’André Duprat, un texte de Lambersy sur son enterrement, un poème d’André Prodhomme qui évoque la chimie d’un poème d’Yves Martin, Jean-Michel Robert : cette ivresse du quotidien encanaillé d’imaginaire… les souvenirs de Jean-Claude Tardif à propos de la collection Le Colporteur et des éditions La Table rase, enfin François Vignes, l’éditeur justement, et les agapes autour du prix Apollinaire qu’obtint Yves Martin en 1991 (L’école du zinc).
Ensuite découverte de Jacques Nuñes-Teodoro, à la voix chaude et profonde. Début du texte « Saudade » : Né dans l’arrière-cour d’un siècle furieux années sanglantes d’où mille et mille têtes écrasées hurlent encore j’ai la mémoire creusée au vitriol…Avec une poésie visionnaire et forte Mais tous nous allons courbés pour ne pas tomber / Nous n’avons pas l’ambition de nos ombres… Puis Alhama Garcia Aznar :regarder la lune / me tient la tête levée / qui se contenterait / de son reflet dans les flaques / aux ornières du chemin ? Jeanpyer Poëls : Il faut un marcheur terrible / qui exécrait la lune / son fade assoupissement… Fabrice Farre : Le chemin parcouru jusqu’à elle / semble mériter l’arbre sec... Comme il est indiqué en sous-titre -espace d’écrits- la revue À l’index publie de la poésie, mais aussi des textes courts comme ceux de Jean-Jacques Nuel et des nouvelles avec Claire Sicard Dumay et Fabrice Marzuolo. Pour clore les poèmes de Luis Benitez, un aperçu de la poésie turque et les notes critiques, signées Jean Chatard, Jean-Marc Couvé et Michel Cossec.
Un bon gros numéro pour fêter les quinze ans de la revue !*


15 €. 11, rue du Stade – 76133 Epouville.
* Je parle du premier titre de la nouvelle collection bilingue : « Le Tire-langue » dans le prochain n° de la revue Décharge : Le pays défait de mon enfance du poète kosovar de langue albanaise : Ali Prodrijma (traduction d’Alexandre Zotos).



INDEX 27.jpg
« Ce matin j’ai écrit deux poèmes. / Je ne me demande pas pour l’instant quel sens / possède ou non ce travail obscur. / Simplement c’est une autre façon, possible, d’être vivant. » («... No me pregunto ya por el sentido / que tiene o no tiene este oficio oscuro...”) 
Luis Benitez, poète argentin (A L’Index n° 27, traduction de Françoise Laly), pp. 114 à 123.
 Ce choix en exergue : hommage, pour des textes (il y en a plusieurs dans la revue 27) que j’apprécie particulièrement...  
En quatrième de couverture je remarque une définition de la poésie (ou plutôt une conception de la poésie...) qui me convient assez, moi qui ai le goût du monde ouvert, du regard sur les pays proches ou lointains, intérieurs-extérieurs. D’ailleurs ce fragment pourrait sans doute atterrir dans la liste de mes exergues de blog (mon manifeste, ici)... C’est un paragraphe de Jean-Pierre Chérès, dont je relève ce passage: « Etre poète, c’est se donner corps et esprit à la présence du monde, c’est être possédé par le monde, c’est ouvrir en permanence ses antennes sensibles à l’univers... ». Mais si ce texte se trouve en « quatrième », mis ainsi en évidence, c’est bien aussi parce qu’il correspond à l’esprit de la revue, tel que veut l’impulser Jean-Claude Tardif, l’écrivain-éditeur. Les gens qui se retrouvent à publier là des textes (poèmes – vers ou prose – ou récits) semblent avoir en commun un sens d’âme nomade. Certains parce qu’ils ont traversé des frontières, d’autres parce que les frontières traversées sont plutôt des origines et des langues tissées en eux, d’autres encore parce que leur regard est hanté par l’horizon d’un ailleurs réel ou imaginaire.
Et cela s’inscrit dans les mots. Pas seulement pour les « Voix d’ailleurs », comme les pages bilingues de Luis Benitez, poète argentin, ou l’étude de Claire Lajus sur la poésie turque contemporaine (« poésie méconnue », note-t-elle avec raison en sous-titre). Non, pas seulement. Claire Sicard-Dumay, elle, interroge ses voyages intimes, « morceau d’Espagne » ou « bout de la jetée à Zurich ». En écho, malgré la différence de démarche et d’écriture, la « mémoire lavée au vitriol » de Jacques Nunes-Teodoro, dans « Saudade », poème qui interroge un « siècle furieux » et « l’ambition de nos ombres » (ambition perdue ?). Un autre de ses textes rend un hommage croisé à Primo Levi et Giacometti, un autre encore à son père, immigré et ouvrier. Et ses pages vont vers un océan qui n’est pas de rêve mais de réel, dur...  Gérard Lemaire, lui, cherche en creusant le centre d’un or solaire : « or de l’esprit », « lueur », « incendie » éventuel, possible, pas sûr : souffle, en humilité.
Je n’ai pas encore lu le dossier sur l’œuvre d’Yves Martin (à plusieurs mains). Je le ferai plus tard...  D’ailleurs je n’ai pas tout lu. Mais comment est-ce que je lis une telle revue ? Comme je lis toujours n’importe quel regroupement de textes (et même les recueils d’auteurs), exactement comme je commence à lire debout en librairie ou bibliothèque (pour voir si cela vaut le coup soit d’acheter soit d’emprunter). Cela ferait peut-être hurler des puristes (ou des hypocrites qui ne mesurent pas le temps de leurs lectures et font semblant de tout vouloir..) ou ceux qui pensent qu’il faut chercher la valeur d’un écrit avec lente attention. Pas moi... La lenteur je la garde pour les relectures (et je relis beaucoup, une fois que le test premier a fait garder l’ouvrage). Ma méthode est la lecture transversale (en bibliothèque, debout, pages tournant à toute vitesse : cela accroche ou pas – et si ce n’est pas le cas aucune lenteur ne me fera aimer ce que l’œil rapide n’a pas capté. Après tout, pour moi (en ce même domaine : la poésie) la méthode est le ciseau d’exigence : pourquoi n’aurais-je pas la même rigueur pour autrui ?
Eh bien, là, beaucoup de textes ont déjà passé le cap du rayon transversal... et donc mérité la relecture lente. Les pages ne s’ouvrent pas par hasard, elles viennent chercher l’œil. Si je n’aime pas tout de suite je n’aimerai pas plus tard. Et si j’aime vite des vers, j’aimerai en lenteur. (Je cherche d’abord la poésie, vers ou prose).
La préface (de Jean-Claude Tardif) interroge la discrétion qu’on reproche parfois à la revue. C’est vrai qu’une telle qualité mériterait plus d’envergure... avec ces pages qui font vivre du  contemporain.
J’ai parcouru aussi des notes de lecture. Ces regards qui vont donner l’envie d’aller vers un ouvrage, un auteur. Et j’ai lu avec attention, particulièrement, les deux textes qui parlent d’auteurs que je connais (pour ce que je ne connais pas je reviendrai...). Etonnée de voir Omar Khayyâm, comme si souvent (malgré l’intérêt qu’il suscite, et l’hommage authentique qui est rendu à son art), victime d’un malentendu répétitif : le vin, l’ivresse : portrait d’un épicurien qui deviendrait presque une sorte de matérialiste, athée militant (j’exagère...). Or Khayyâm doit, je pense, être lu à la lumière du contexte de son temps (codes d’écriture et de vie comme portes de liberté, provocations aussi, pour sauver sa solitude intérieure). Mais surtout à l’aide des clés que la symbolique soufie donne pour entrer autrement dans cette œuvre, et la déchiffrer....   Mais ce lecteur aime l’auteur qu’il évoque et le fréquente, preuve que les œuvres riches se donnent diversement à qui veut faire le pas vers elles. Ma lecture sera différente, avec ce vin où les soufis, qui savent une autre dimension du poète, voient la traduction d’une saveur (important cette notion de saveur dans cette voie) qui révèle une aventure, une expérience difficilement traduisible autrement. Le portrait de Shams de Tabriz que fait Elif Shafak dans le roman « Soufi, mon amour » (10/18) croise la figure de Khayyâm, d’une certaine manière. Personnages qui échappent à tous les cadres. Vin réel et vin symbolique ont droit de cité, et rôle... pour eux. Lire, ainsi, une autre introduction à l’œuvre, pourra prolonger la découverte qui est proposée dans la revue « A L’Index » (par quelqu’un qui fréquente son œuvre depuis longtemps). Autre lecture : http://kulturica.com/k/litterature/les-quatrains-d-omar-khayyam/ (Citation : « De ce fait, pendant des siècles, Omar Khayyam est passé pour un païen qui s’adonnait à la boisson et à d’autres jouissances diverses, un "libre penseur" proche de l’hérétisme aux yeux des religieux, des occidentaux et… du reste du monde. Il a échappé aux yeux des profanes que les termes de "vin", "taverne" ou "ivresse" pouvaient avoir un sens mystique très éloigné du sens premier. Mais, pour les esprits sensibilisés à la mystique soufie, Khayyam a toujours été un maître. »)
..................
Une autre note de lecture concerne Jean Sénac, œuvre de mon panthéon personnel (et bien plus, œuvre d’ancrage, d’identité). Poète frère (« frère(s) de terre » comme la page d’un site algérien nomme les natifs du pays de toutes communautés – de terre et d’esprit). Native hispanité algérienne...  (Dans mon poème « 36 choses à faire avant de mourir », chez pré#carré, je choisissais de terminer ainsi : « 36. Envoyer un télégramme à Jean Sénac, pour qu’il me tende la main, juste à la fin. »). J’apprécie qu’on le propose aux lecteurs : c’est un immense auteur (lui qui « signe d’un  soleil »). Mais, non, Sénac n’était pas « amoureux des » Algériens : il était, il est, un Algérien majeur. La formule en fait un étranger et cela me déconcerte, me blesse. Sans carte nationale, oui, ce du fait des règles ethniques et religieuses, choix d’un régime politique à vision univoque, et de la démarche qu'il aurait dû faire de demande de la nationalité algérienne pour l'obtenir. Or il considérait qu'il n'avait pas à la "demander", que c'était un droit de naissance et d'engagement. Sur l'assassinat de Sénac, il faut lire "Assassinat d'un poète" de Jean-Pierre Péroncel-Hugoz... et on apprend alors beaucoup sur la fin de la vie de Sénac, en éclairant la vie entière. Et sur toute la souffrance de l’indépendantiste voyant son pays se perdre... 
Sur Sénac, voir (citations et liens), la vignette de l’album Poésie : Jean SENAC, « Œuvres poétiques ». Publications, enquête, hommage, film, articles. Vignette avec références, citations, liens :http://tramesnomades.hautetfort.com/album/poesie/4203498262.html(‘’ET-JE-SIGNE-D-UN-SOLEIL’’-album-poésie)
Mais l’essentiel est de donner à lire (ou envie de relire encore) et Khayyâm et Sénac, ce qui fut le but des contributeurs... et qu’ils ont, dans le fond, réussi, je crois...
Pour en savoir plus, A L’INDEX : http://lelivreadire.blogspot.fr/
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Sur ce blog, la POESIE est dispersée... Marge droite (ALBUM « Poésie » etLISTE « Poèmes »). Mais aussi, notes (tags : poésie, poèmes, poètes, poète)...

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Luis Benítez est un poète de Buenos Aires, né en 1956, dont la renommée est internationale. Ses 36 livres de poésie, d’essais, de récits et de théâtre ont été publiés dans plusieurs pays d’Amérique latine et d’Europe ainsi qu’aux Etats-Unis. De nombreux prix lui ont été décernés à travers le monde. 

Brève Anthologie Poètique, introduction, sélection et notes de Elizabeth Auster, Éd: Juglaría, Rosario, Province de Santa Fe, Argentine, 2008 ; édition en e-book: www.publicatuslibros.com, Bibliothèque de Livres de Poésie, Éd. Itakkus, Jaén, Espagne.Bonjour, Jean-Claude.
J'ai bien reçu ce matin le numéro 27 de A l'index, et le sommaire est riche et intéressant. Je n'avais pas revu votre revue depuis longtemps, et je gardais en mémoire un format plus grand, du temps où  Michel Héroult l'imprimait, comme il s'occupait aussi de sa Nouvelle Tour de Feu dans laquelle il m'avait plusieurs fois publié bref, souvenirs qui me montrent que j'ai vieilli !

Bien à vous,
J.J. Nuel est comme l’arôme. Poétique de Luis Benitez, essai, par Camilo Fernández Cozman, À l'index N°27 (2014)

Après chaque nouvelle parution, les revuistes doivent faire face au doute qui les assaille : faut-il interrompre ou poursuivre? C'est souvent la rédaction d'un éditorial ou d'un avant-dire qui va relancer la fragile mécanique de la composition d'un sommaire. Jean-Claude Tardif est loin d'être un débutant en ce domaine et ne se laisse pas déborder facilement par le sinistre « à-quoi-bon ». L'empathie présente à chaque ligne de son éditorial témoigne d'un fervent enthousiasme. Il a d'abord composé un épais dossier en hommage à Yves Martin disparu en 1999, ce grand poète qui fut aussi marcheur, cinéphile et clochard céleste. Quelques-uns qui furent ses amis l'évoquent avec pudeur et tendresse tout en laissant la place à de nombreux écrits qui n'ont pas pris une ride. On découvre aussi dans ce numéro les écrits d'un nouveau-venu, Jacques Nunes-Teodoro ainsi que la confirmation de Jean-Jacques Nuel dans le difficile registre des textes brefs, écrits dans une forme hybride et inclassable. Avec « Jeu de paumes », dix poètes croisent leurs voix. On lira encore avec bonheur les nouvelles de Fabrice Marzuolo et de Claire Sicard-Dumay ou les poèmes de Fabrice Farre et d'Hervé Delabarre. « Voix d'ailleurs » s'ouvre, en édition bilingue, à l'univers de Luis Benitez. Vingt pages de critiques viennent clore la dense livraison d' À l'index, revue qu'il faut absolument faire connaître et défendre à tout prix.
(A l'index N°27 (2014), 154 pages, 15 euros -
11 rue du Stade – 76133 Épouville ou revue.alindex@free.fr)


Georges Cathalo – janvier 2015


2009, Éd. Nueva Génération, Buenos Aires.

Quelques numéros disponibles 15€

revue.alindex@free.fr

lundi 20 octobre 2014

A L'INDEX (hors série) "Pour Philippe Soupault"


Ce numéro Hors Série  
sous la direction de Jean-Marc Couvé   
est paru en Octobre  2014  .
16X24 - 105 pages intérieur

Tirage à 200 exemplaires

avec des collaborations  de

Alexandre Alexeïeff, Bernard Ascal, Jacques Basse, Jean-Louis Bernard, Claudine Bohi, J-M. Couvé, Eric Dejaeger, Yves Frémion, Georges Friedenkraft, Marie-Joseph Godard, Christine Guilloux, Alain Helissen,Werner Lambersy, Danielle Le Bricquir, Wanda Mihuleac, Bernard Morlino, Peter Neu, Bernard Noël, Denis Parmain, Man Ray, Ghislain Ripault, Yak Rivais, Jean Rousselot, Amina Saïd, Louis Savary, Jacques Simonomis, Christine Soupault-Chemetov, Nicolas Stérin, Jean-Claude Tardif, Marlène Tissot, Anne Wicker, Christian Zeimert

textes inédits, collages, documents iconographiques...


SOMMAIRE
Jean-Claude TARDIF | Entretien avec Jean-Marc Couvé 5
Bernard ASCAL | Philippe Soupault et la musique 25
Jean-louis BERNARD | Seuls les errants demeurent 28
Jean-Marc COUVE| Soupault : souvenirs polymorphes 31
Jean-Marc COUVE | Soupault serpente en silence 40
Eric DEJAEGER | Soupaultsthumes 44
Yves FREMION | Définir Soupault 45
Georges FRIEDENKRAFT | Enquête de police (Renku) 47
Marie-Josèphe | D’après Ode à l’amitié de Ph. Soupault 51
Christine GUILLOUX | Tout un poème 53
Alain HELISSEN| Soupault variations 56
Werner LAMBERSY | En pensant à Philippe Soupault 60
Peter NEU | Un petit clin œil 63
Bernard NOËL | L’oeil de Soupault 65
Denis PARMAIN | Homme – ah – jappe : hé, est-ce ? 72
Ghislain RIPAULT | Mon cher Jean-Marc 74
Yak RIVAIS | Soupault C.T. 78
Jean ROUSSElOT | Lettres 83
Amina SAÏD | Ouvrir des yeux dans les yeux 85
Louis SAVARY, | Compagnon, Camarade 87
Jacques SIMONOMIS | Poème semblable à « toujours le même » 91
Jean-Claude TARDIF | Semblant d'acrostiches pour un aquarium 93
Marlène TISSOT | Nous sommes des fils de la télé 94
Anne WICKER | En visite, rue Chanez, chez Philippe Soupault 96
Christian ZEIMERT | En souvenir d’un beau visage 97

le numéros disponibles 15 €


revue.alindex@free.fr

 On en parle On en parle

Quelques réactions des participants et de lecteurs

Bonjour Jean-Claude,
grand merci pour cette réalisation "Soupault" qui a belle apparence.C'est un vrai plaisir de feuilleter et je vais lire au plus vite ton entretien avec Jean-Marc.J'espère que tu vas bien et t'embrasse avec amitié,
Bernard (Ascal).